Le blogue de Richard Hétu

L'Amérique dans tous ses états

Premier acte : en novembre 2022, une coalition de docteurs et d’organisations anti-avortement dépose une poursuite contre la Food and Drug Administration (FDA) à propos de la pilule abortive mifépristone dans une juridiction du Texas dont l’unique juge fédéral, Matthew Kacsmaryk, est un chrétien ultraconservateur. En mars dernier, ce juge nommé par Donald Trump donne gain de cause à la coalition et retire l’autorisation de la mise sur le marché de la pilule, estimant qu’elle représente des risques pour la santé des femmes, en dépit du consensus scientifique contraire.

Deuxième acte : en août dernier, la Cour d’appel des États-Unis pour le 5e circuit, le plus conservateur des tribunaux d’appel américains, renverse la décision du juge Kacsmaryk et maintient l’autorisation de la mise sur le marché de la mifépristone, tout en limitant de façon importante les facilités d’accès à la pilule accordées par la FDA au fil des ans. Depuis 2016, les femmes peuvent utiliser la pilule jusqu’à dix semaines de grossesse (plutôt que sept semaines) et des professionnels de santé n’étant pas des médecins peuvent la prescrire. L’envoi de la pilule par la poste après téléconsultation est également permise depuis la pandémie de COVID-19.

Troisième acte : après l’appel de l’administration Biden, la Cour suprême des États-Unis a entendu ce mardi cette cause. À en juger par les comptes-rendus des médias (ici, ici et ici), elle rejettera les arguments présentés par les avocats des militants anti-avortement, et pas seulement parce que le plus haut tribunal américain n’a jamais remis en cause l’expertise de la FDA concernant l’autorisation de la mise sur le marché des médicaments. Plusieurs juges ont demandé où étaient les victimes de cette affaire.

« Vous avez besoin d’une personne. Alors qui est votre personne ? », a demandé la juge progressiste Elena Kagan à Erin Hawley, l’avocate des militants anti-avortements (et épouse du sénateur républicain du Missouri Josh Hawley).

Hawley n’a pu faire référence qu’aux sept praticiens nommés dans cette cause et qui ne veulent pas se retrouver un jour dans une situation où ils auraient à soigner une femme souffrant de complications après un avortement médicamenteux. L’argument n’a pas semblé convaincre un certain nombre de juges conservateurs, dont Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett. Ces derniers ont semblé rassurer quand la représentante de l’administration Biden, Elizabeth Prelogar, a rappelé que les médecins pouvaient tout simplement refuser de prodiguer des soins qui contreviennent à leurs croyances sans imposer au reste de la population des restrictions quelconques.

Si l’administration Biden obtient gain de cause, la pilule abortive demeurera disponible seulement dans les États où l’avortement est encore légal. Pour le moment, les restrictions imposées par la cour d’appel de La Nouvelle-Orléans sont suspendues.

Le quatrième acte devrait intervenir fin juin lorsque la Cour suprême rendra sa décision. La plupart des observateurs s’attendent à une décision de 7-2 en faveur de la FDA. Vous devinez sans doute quels juges formeront la minorité dissidente : Samuel Alito et Clarence Thomas. Ceux-ci ont évoqué à plusieurs reprises lors des arguments une loi du 19e siècle tombée en désuétude, le Comstock Act, qui rend illégale l’utilisation du service postal des États-Unis pour expédier des articles et matériel érotiques, contraceptifs, produits abortifs et toute information concernant ces éléments.

De retour à la Maison-Blanche, Donald Trump pourrait invoquer cette loi pour interdire une pilule abortive utilisée dans plus de la moitié des avortements aux États-Unis.

(Photo AP)




22 réflexions sur “La Cour suprême ne semble pas disposée à limiter l’accès à la pilule abortive

  1. math dit :

    « De retour à la Maison-Blanche, Donald Trump pourrait invoquer cette loi pour interdire une pilule abortive utilisée dans plus de la moitié des avortements aux États-Unis. »

    Je souhaite que si on en vient là, des démocrates se servent de la loi pour interdire tout envoi par la poste de viagra et autre matériel sexuel. Juste pour voir combien de cheveux gris républicains vont la contester.

    1. nefer111 dit :

      Mon SEUL souhait si par malheur on en vient là, c’est que le peuple américain prenne … les ARMES et que les Démocrates REFUSENT catégoriquement de reconnaître la vol de l’élection par la vermine séditieuse !!!!
      Ben quoi, ça se joue à 2 ce ptit jeu ! 😈

    2. Philippe Deslauriers dit :

      J’ai fait un commentaire dans le meme sense. Comment appliqué seulement une partie d’une loi?

  2. marylap dit :

    C’est les médecins et les scientifiques qui doivent décider si un médicament est sûr et des conditions de vente et de distribution. Pas des juges. Encore moins des juges corrompus et qui pensent qu’il faut prendre en compte la Bible pour passer des lois.
    Alito and Thomas peuvent aller se faire foutre avec un cactus.

    1. belwet dit :

      Oh! Attention, ici! Il faut préciser que le dit cactus doit avoir des épines TRÈS durs, pour que ça fasse plus mal car des épines molles, ils risquent d’aimer ça 😉

  3. Roger Allard dit :

    Si la mère de vous-savez-qui avait pu compter sur la mifepristone.

  4. Madalton dit :

    Il y a plus de décès lors des accouchements que par la prise du mifépristone. 32 décès depuis l’approbation en 2000 dont 2 grossesses ectopiques.

    La juge Ketanji Brown Jackson a ramassé Alito sur ses connaissance scientifiques.

    https://www.rawstory.com/ketanji-brown-jackson-samuel-alito/

    1. Philippe Deslauriers dit :

      Faudras interdire les grossesses! c’est trop dangereux pour la santé des mères.

    2. belwet dit :

      Bien envoyée de sa part! Merci pour le lien

    3. Philippe Deslauriers dit :

      Et je suis prêt a parier que la plupart de ces 32 décès sont dus a des manque d’acces a des soins hospitalier dans des états qui ont fait fermer les clinique Planned-Parenthood.

    4. Lanaudoise dit :

      En effet. Particulièrement vrai aux États-Unis, leur taux de mortalité maternelle étant digne d’un pays en voie de développement. Mais n’est-il pas dit dans l’Ancien testament « tu accoucheras dans la douleur »?
      Les Talibans aussi apprécient le féminicide dans toutes ses formes.

    1. Haïku dit :

      Superbe ! 😅👌

  5. Philippe Deslauriers dit :

     »Ceux-ci ont évoqué à plusieurs reprises lors des arguments une loi du 19e siècle tombée en désuétude, le Comstock Act, qui rend illégale l’utilisation du service postal des États-Unis pour expédier des articles et matériel érotiques, contraceptifs, produits abortifs »

    Pour commencer c’est extrèmement tordu comme argument: interdire unilatéralement un medicament par ce qu’il y a une ancienne loi qui dit qu’elle ne peut pas être envoyé par la poste. Alors que c’est la niveau de sécurité du médicament qui est remis en cause. Quoi????
    Comment appliqué l’un des éléments de cette loi antique sans appliqué les autres?
    Si tu interdit l’envoi de produits abortifs selon cette loi, tu dois aussi abolir l’envoie du matériel érotiques et des contraceptifs.

    matériel érotiques, contraceptifs, produits abortifs – Cette loi a un fort relent de misogynie!!!

    1. Igreck dit :

      Et de puritanisme⁉️

    2. Madalton dit :

      Qu’en est-il des services comme UPS, Fed Ex et DHL?

      1. simonolivier dit :

        Excellente question! Parce ue la Comstock Law est très spécifique et ne parle que du USPS (service postal US).

  6. Igreck dit :

    Alito, ce juge qui sent mauvais lorsqu’il ouvre la bouche (alitose) et Thomas, ce juge qui cache un « gennie » sous sa robe noire : deux larrons anachrondas (fusion de anaconda🐍 et anachronique) prouvent ici qu’ils tentent CONtinuellement de ramener le pays 🇺🇸 au 18e ou 19e siècle⁉️

  7. jeani dit :

    Selon alito, thomas et les crinqués de la droite religieuse aux USA, Allah akbar

  8. montérégien dit :

    Ne peuvent-ils pas l’envoyer par UPS, Fedex, etc.? Ou y a-t-il un risque que ces entreprises, pour éviter d’être boycottées, décident de refuser de transporter ce produit ?

  9. Gilles Morissette dit :

    Les CRAPULES que sont les Juges Thomas et Alito pourraient voter contre la FDA. Êtes-vous surpris?

    Moi, je ne le suis pas. Je me demande simplement quels cadeaux les fanatiques qui composent les organisations associés à la Droite religieuse leurs ont promis s’ils votaient du « bon bord ».

    Pensez y. Invoquer une loi obsolète datant du 19e siècle afin de justifier leur vote. On se croirait revenu plus de deux (2) siècles en arrière.

    Comme le disait si bien un conducteur d’autobus de mon adolescence: « Avancez vers l’arrière (Move to the rear) »

  10. Maykol dit :

    « (Les juges de la CS) ont semblé rassurés quand la représentante de l’administration Biden, Elizabeth Prelogar, a rappelé que les médecins pouvaient tout simplement refuser de prodiguer des soins qui contreviennent à leurs croyances sans imposer au reste de la population des restrictions quelconques. »

    Pourquoi ce même argument n’a-t-il pas été utilisé pour maintenir le droit à l’avortement ?

    Que ceux et celles qui sont contre l’avortement n’imposent pas leurs croyances aux autres…

    Pas très conséquent.e.s, les juges de la CS !

    (Les Américaines sont, selon où elles habitent, la propriété de l’État.)

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