
Il y a un an, jour pour jour, le mouvement MAGA pleurait la perte de Charlie Kirk, l’une de ses figures les plus prometteuses, assassiné sur le campus d’une université de l’Utah. Ce jeudi, lors de la deuxième et dernière soirée de la convention républicaine de Dallas, des membres de la foule ont semblé oublier l’horreur de cette journée et les appels à la modération qui l’ont suivie. Alors que Ted Cruz citait à tort et à travers des propos de certains politiciens démocrates, ils ont scandé : « Il devrait être abattu ! » Voici le passage en question suivi d’un clip :
Ted Cruz : Quand Mamdani dit qu’il veut s’emparer des moyens de production, il le pense vraiment.
Foule : IL DEVRAIT ÊTRE ABATTU !
Cruz : Quand Abdul El-Sayed dit qu’il a une obligation envers la charia, il le pense vraiment.
Foule : IL DEVRAIT ÊTRE ABATTU !
Cruz : Et quand James Talarico dit qu’il veut démanteler le capitalisme, il le pense vraiment.
Foule : IL DEVRAIT ÊTRE ABATTU !
Même s’il entendait ce que la foule clamait, Cruz n’a jamais pris la peine de s’arrêter et de lui demander de cesser ses appels à la violence.
(Photo Getty Images)
Mon Dieu que ce mouvement MAGA est malade! 🤮🤮🤮
Exactement, au lieu de leur demander d’arrêter, on ne fait, on ne dit rien et un jour ou l’autre, une tête folle – ou plusieurs – va commettre l’irréparable et tuer un de ces politiciens.
On se croirait à l’église quand le curé récitait un texte et que tout le monde répétait Gloire à toi… après chaque phrase.
La secte fonctionne très bien.
On pourrait ajouter la phrase. Quand les républicains voient les sondages, ils doivent être abattus.
Rappel à cet idiot de Ted Cruz: Zohran Mamdani a un taux d’approbation de 69% à New York! Les New Yorkais l’adorent!
Comment peut-on encore parler de démocratie saine, de rassemblement et de respect des institutions lorsqu’un sénateur d’expérience comme Ted Cruz prononce des accusations aussi irresponsables devant une foule qui répond en chœur : « Il devrait être abattu! »? Ce qui me sidère n’est même plus la vulgarité du discours, mais la banalisation de la violence politique. Cruz savait parfaitement ce qu’il faisait. Il savait ce que signifiaient ces mots et il a entendu la foule les répéter. Pourtant, il n’a pas interrompu son discours, pas demandé de calmer le jeu, pas même manifesté la moindre gêne. On peut combattre Mamdani, Talarico ou n’importe quel autre adversaire politique avec des arguments. Mais transformer un désaccord politique en condamnation à mort collective est une tout autre affaire.
Ce qui me frappe aussi, c’est cette mécanique de déshumanisation devenue si familière dans le trumpisme : ceux qui ne pensent pas comme eux deviennent des ennemis, des traîtres, des « demonrats », des gens qu’il faudrait éliminer plutôt que convaincre. L’histoire nous a pourtant montré jusqu’où peut mener cette logique lorsqu’on cesse de voir l’adversaire comme un être humain et qu’on commence à le présenter comme une menace qu’il faudrait supprimer. La comparaison avec le nazisme n’est évidemment pas à faire à la légère, mais le mécanisme de déshumanisation qui précède la violence mérite d’être reconnu lorsqu’il apparaît. Et lorsqu’un politicien alimente cette mécanique devant une foule, puis refuse même de lui demander de s’arrêter, il ne peut pas ensuite se réfugier derrière l’excuse d’une simple ferveur partisane.
Le plus inquiétant, finalement, n’est pas seulement que des gens aient crié qu’il fallait abattre leurs adversaires. C’est qu’un sénateur américain ait pu entendre ces appels à la mort sans broncher, poursuivre son discours et repartir comme si de rien n’était. Voilà où nous en sommes : la violence politique n’est plus un accident qui choque la foule; elle devient un refrain que la foule connaît par cœur. Et quand ceux qui devraient défendre la démocratie commencent à considérer les appels à la mort comme le prix normal du spectacle politique, ce n’est plus la démocratie qu’ils défendent. C’est la brutalité qu’ils sont en train de normaliser.