Le blogue de Richard Hétu

L'Amérique dans tous ses états

Une semaine après avoir visité le Royaume-Uni et l’Allemagne, Pierre Poilievre entreprend ce jeudi son premier séjour aux États-Unis en tant que chef du Parti conservateur. Il s’arrêtera au Michigan, au Texas et à New York, mais il n’ira pas à Washington. Pourquoi éviter la capitale américaine ? Parce qu’il croit « au principe d’un seul premier ministre à la fois », a-t-il expliqué mercredi dans une vidéo, ajoutant qu’il laissera « les négociations [commerciales] à notre gouvernement ». Ce faisant, il s’assurera de ne pas être ignoré par les républicains de Washington, dont plusieurs ne le considèrent pas comme un partenaire « sérieux » pour toute administration républicaine, selon un article du site d’information Politico.

« Alors que Poilievre se prépare pour une nouvelle élection, il tente enfin de percer dans le Washington de Trump. Le problème, c’est que de nombreux républicains l’ont déjà écarté », écrit Mikey Djuric, correspondant de Politico à Ottawa, qui a recueilli les confidences anonymes d’un certain nombre d’entre eux. Ces derniers se sont exprimés sous le couvert de l’anonymat, contrairement à l’ancien ambassadeur des États-Unis au Canada David Cohen, qui a servi sous Joe Biden. « J’ai été frappé par le caractère insulaire de M. Poilievre et du Parti conservateur », a dit Cohen. « Ils ont très peu, voire aucune relation aux États-Unis, ni d’ailleurs dans aucun autre pays. »

Selon Djuric, Poilievre ne doit pas seulement vivre avec la réputation d’un politicien qui a laissé filer une avance en apparence insurmontable pour s’incliner à la fin devant son adversaire du Parti libéral, Mark Carney. Il paie aussi pour son refus de se rendre à Washington avant l’élection canadienne pour établir des liens avec les républicains de la capitale. « Il n’a aucun lien avec les États-Unis, voilà le problème », a déclaré un républicain à Djuric. « La seule chose que les gens ici savent à propos de Poilievre, c’est cette vidéo où il croque une pomme et le fait qu’il ait perdu une élection qu’il aurait dû remporter. »

À l’opposé Carney s’est rendu à Washington avant l’élection pour forger une relation avec Trump et ses alliés, fait que le président républicain a noté, selon Djuric. Chose certaine, Trump n’a pas ménagé Poilievre lors d’une interview sur Fox News le 17 mars 2025. « Le conservateur qui se présente n’est, bêtement, pas un de mes amis », a-t-il déclaré à l’animatrice Laura Ingraham. « Je ne le connais pas, mais il a tenu des propos négatifs — alors quand il tient des propos négatifs, je m’en fiche complètement. Je pense qu’il est en fait plus facile de traiter avec un libéral. »

Djuric rappelle par ailleurs une blague offerte par le vice-président désigné J.D. Vance en décembre 2024 lors d’un repas auquel prenait part Elon Musk. « Il n’est pas tout à fait certain qu’il soit préférable pour nous d’avoir un Mitt Romney avec un accent français comme premier ministre », a lancé Vance.

Pour comprendre la « blague », il faut savoir que les républicains de Washington à l’ère Trump détestent l’ancien sénateur de l’Utah et candidat présidentiel du GOP en 2012. Quant à savoir pourquoi Vance pense que Poilievre a un accent français, c’est une autre histoire.

Mais il n’est pas impossible que la décision de Poilievre d’éviter Washington ne tienne pas seulement au noble principe qu’il a invoqué.

P.S. : Nous poursuivons à bon rythme l’avant-dernière journée de la première campagne de financement de ce blogue en 2026. Comme l’illustre mon thermomètre, nous sommes toujours en voie d’atteindre l’objectif d’ici vendredi soir. Mais étais-je trop optimiste mercredi matin en pensant que cet objectif pourrait être atteint dès jeudi soir ? Je n’ose répondre par la négative, étant appuyé par des lecteurs et lectrices for-mi-da-bles. Un grand merci à tous ceux et celles qui ont déjà contribué, ainsi qu’aux autres qui le feront sous peu, voire à l’instant !

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(Photo AFP/Getty Images)







24 réflexions sur “Poilievre vu par les républicains de Washington : aïe !

  1. le_furote dit :

    Je n’aime aucune des personnes évoquées dans ce billet. Qu’elles se bouffent toutes entre elles. Le fait d’être détesté par Trump et sa gang avantage peut-être Poilèvre devant l’électorat canadien.

    En attendant:

    Pis Donald, comment avance la guerre que t’a commandé N’est-qu’un-voyou?

    Ciao

  2. Mabuse dit :

    Pourtant, il a toutes les qualités requises pour être un excellent gouverneur républicain du 51e…

    1. Haïku dit :

      Heh heh heh ! 🎯

  3. Francine dit :

    Comme le mentionne Dimitri Soudas ancien stratège conservateur sous Harper, il vaut mieux pour lui de ne pas se présenter à Washington pour les raisons invoquées dans le présent article et aussi parce qu’il se pourrait que cela finisse mal et que Trump le nargue sur son réseau social.

    Poilievre esr en mode survie. Mais il vient d’appuyer la candidature de Don Cherry pour l’ordre du Canada. Cherry qui a blasté les immigrants, les francophones tout au cours de sa carrière de commentateur de hockey. Vraiment Poilievre, ca un futur premier ministre??

    1. Haïku dit :

      @Francine
      Très bon point !!

    2. MarcB dit :

      Cherry méprise tout ce qui ne lui ressemble pas: francophone, immigrant, femme, LGBTQ, etc… Si Poilievre croit qu’il mérite la plus haute distinction civile au Canada pour ses jokes de mononcle à « Hockey night in Canada », ça en dit beaucoup pour sur son jugement.

    3. MarcB dit :

      Certains députés conservateurs ont beaucoup de difficulté à justifier la décision du parti de mousser la candidature de Cherry pour cette distinction. Quand c’est rendu que mentionner lors de votre émission un fait divers, mais tragique, fait de vous un candidat à la plus haute distinction civile, je propose de donner la récompense à tous les lecteurs de nouvelles!

      « M. Paul-Hus [député conservateur du Québec] , qui était questionné par les journalistes de la presse parlementaire, a aussi pris soin de souligner un autre moment qui milite en faveur du commentateur.
      « Aussi, il faut relever le fait qu’à un moment donné, il y a un jeune de 12 ans qui est mort, un filet de hockey qui est tombé dessus à Trois-Rivières, et Don Cherry l’a mentionné dans son émission qu’il y avait un jeune du Québec qui était décédé. » »

      https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2026-03-12/don-cherry-a-l-ordre-du-canada/pierre-paul-hus-cherche-du-positif-au-choix-de-son-parti.php

  4. Syl08 dit :

    De nombreux républicains l’ont déjà écarté…de nombreux Canadiens aussi.

    1. gl000001 dit :

      Poilièvre est pas mal écarté, oui. Ca me surprend qu’il soit encore chef du PCC.

      1. Philippe Deslauriers dit :

        Car il est le moins pire des choix de chef conservatuer!!!

  5. el_kabong dit :

    « Quant à savoir pourquoi Vance pense que Poilievre a un accent français, c’est une autre histoire. »

    Tout simplement à cause de la consonance française de son nom, le genre de raccourci débile qu’on peut s’attendre d’un sous-cultivé comme Vance…

    1. Haïku dit :

      Dans le mille ! 👌

    2. gl000001 dit :

      De plus, Vance est un être superficiel et se croit supérieur à tout le monde. Il doit trouver quelque chose pour dénigrer alors il imite son boss … il invente.

    3. L’oreille de Vance, on s’en doutait, n’est pas fiable : Poilièvre a un accent anglais quand il parle français !

      Mais l’anglais canadien, selon les régions, peut être différent d’un des nombreux accents américains. Il n’y a plus de professeur Higgins pour tous les reconnaître !

      Dans mes cours de phonologie, j’ai déjà utilisé l’exemple d’un phénomène appelé « Canadian raising », surtout au centre du pays (que je traduisais malicieusement en « montée canadienne ») par lequel des diphtongues comme aj (ay) dans un mot comme « right » étaient prononcées plus fermées, comme [rəyt] (proche de [rœjt]), prononciation souvent caricaturée abusivement par des sitcoms où on croyait imiter l’accent canadien.

      1. Haïku dit :

        @Richard Desrochers
        Merci pour ces infos !

  6. ctbourgeois dit :

    Poilièvre est dans une position inconfortable, il a perdu non seulement l’élection fédérale, mais aussi dans son comté et s’est retourné pour se faire élire dans un comté ultra conservateur. En janvier, le vote de confiance a été effectué dans une province aussi très conservatrice, des membres plus critiques comme au Québec et en Ontario n’ont pu aller voter en raison des coûts de déplacement.

    Il est dans une position de devoir se battre pour survivre comme chef, mais le fait que Trump et les républicains ne l’apprécient pas sauf que la réalité républicaine actuelle est instable. Par exemple, ils approuvent maintenant en majorité la guerre, mais ils étaient absolument contre lors de la campagne électorale en 2024.

    La problématique de Poilièvre est sa personnalité rigide et son manque d’expérience en relations internationales, donc sa crédibilité face aux autres dirigeants, non seulement face au plus instable et insensé des présidents américains.

  7. Apocalypse dit :

    « Poilievre vu par les républicains de Washington : aïe ! »

    C’est aussi la réaction d’une bonne partie du Canada! Le parti conservateur a réussi l’exploit de se trouver un autre citron.

    On aimerait bien voir un autre Brian Mulroney à la tête de ce parti.

    1. Kelvinator dit :

      Si tu lui enlève ses lunettes et sa cravate et que tu lui met des jeans, c’est toujours un citron!!

      1. Tu lui mets une salopette, c’est toujours un hillbillie !

      2. Kelvinator dit :

        C’est un Redneck, mais ça fait un peu trop rouge libéral à son gout je crois!
        Il préfère bleu foncé étouffé!

    2. Madalton dit :

      Jason Kenney pourrait relancer ce parti en se débarrassant des réformistes qui plombent le parti.

  8. Kelvinator dit :

    J’ai lu l’article ce matin! Ouch!!

    Pendant ce temps, les pro-Trump canadiens, naturellement derrière les conservateurs, conspue encore et toujours les libéraux de Carney, qui est toujours le plus populaire des leader avec une bonne avance. Pendant ce temps, Poilièvre traine une mauvaise image, une perception largement négative, qu’il ne pourra pas changer car les gens ont déjà fait leur idée de lui. Alors qu’ils continue à critiquer contre les libéraux ces conservateurs, mais ils sont complètement aveugle à l’incompétence et l’absence totale de talent de Poilièvre.

    Poilièvre a perdu une avance historique, perdu son comté qu’il détenait depuis des décénnies et pourtant il persiste!
    Il persiste surtout à assurer la victoire de Carney, ce qui est fin de compte est une bonne chose. Toutefois, avoir une alternative viable aux libéraux serait bénéfique pour le débat politique actuel au Canada, d’autant plus que Carney est proche des conservateurs sur plusieurs points.

    Un conservateur centriste pourrait lancer un défi à Carney sur certaine position, mais les conservateurs fédéraux sont comme els conservateurs fédéraux : calqué sur le mouvement MAGA « à-la-Trump » et mise sur une base complotiste crinqué et mobilisé pour faire avancer leur idées, oubliant que cela les privent d’une bonne partie du vote indépendant et centristes. Que voulez-vous, lorsque toute ta carrière de plusieurs années est en politique, que tu n’as fait rien d’autre, et que tu es incapable d’avoir une stratégie politique de base potable, comme le fait Poilièvre, tu ne peux qu’entrainer ton parti vers la ruine. L’orgueil de Poilièvre et l’aveuglement partisan des conservateurs assure à Carney un gouvernement majoritaire. L’art de se tirer dans le pied!!

  9. Jacques Bellehumeur dit :

    On l’a souvent qualifié de « maple Trump » au Canada Anglais. Et finalement même les trumpistes et le GOP le rejettent.

    Ça va pas bien son affaire.

    Et ça me fait pas de la peine.

    Un opportuniste honnête quand ça fait son affaire.

    On mérite mieux.

  10. ghislain1957 dit :

    « Pourquoi éviter la capitale américaine ? Parce qu’il croit « au principe d’un seul premier ministre à la fois », a-t-il expliqué mercredi dans une vidéo, ajoutant qu’il laissera « les négociations [commerciales] à notre gouvernement ». »

    Premier ministre qu’il ne sera jamais car au Canada les Trump wannabe, on en veut pas!

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