Le blogue de Richard Hétu

L'Amérique dans tous ses états

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C’est une histoire qui illustre l’évolution de la société et du journalisme. Le vétéran journaliste d’enquête Seymour Hersh la raconte dans son autobiographie, Reporter, qui vient de paraître aux États-Unis. Célèbre pour ses exclusivités sur les abus de pouvoir au sein des institutions américaines, de l’armée à la CIA en passant par la Maison-Blanche, de la guerre du Vietnam à celle d’Irak, du massacre de My Lai au scandale d’Abou Ghraib, l’ancien correspondant du New York Times et du New Yorker n’a pas écrit une seule ligne après avoir appris en 1974 que la femme de Richard Nixon se trouvait à l’hôpital après avoir reçu un coup de poing de son mari. Et ce, même s’il avait été informé qu’il ne s’agissait pas d’un cas isolé de violence conjugale au 1600 Pennsylvania Avenue.

Reporter-jacket-1527876614J’avoue d’abord que je ne connaissais pas cet aspect de la relation entre le 37e président sa femme Pat. En 1998, Hersh a expliqué à des chercheurs de la Fondation Nieman qu’il n’avait pas consacré un article sur le sujet au prétexte que celui-ci représentait «une fusion de la vie privée et de la vie publique», comme on peut le lire dans la recension de son livre publiée par le magazine The New Republic. Autrement dit, le fait que Richard Nixon battait sa femme n’avait rien à voir avec la façon dont il se comportait en tant que président.

Hersh a avoué avoir été «surpris» lorsque des chercheuses de la Foudation Nieman lui ont dit qu’il avait camouflé un crime, lui dont la mission était de les révéler. «Tout ce que je pouvais dire, c’est qu’à l’époque, dans mon ignorance, je n’avais pas vu l’incident comme un crime.»

Seymour Hersh a le mérite de raconter dans son livre non seulement ses succès mais aussi ses erreurs. En 2018, celle-ci semble inacceptable voire inconcevable. N’est-ce pas?

(Photo Getty Images)

24 réflexions sur “Quand le président frappait sa femme

  1. Pierre dit :

    Un grand changement dans la culture mais des petits pas à la fois aucun être vivant à le droit à l’ascendance sur un autre et surtout pas par des gestes violents

  2. gl000001 dit :

    Il n’y a qu’une seule constante … c’est le changement. Certains nous font évoluer, d’autres c’est le contraire.

  3. Daniel Legault dit :

    Dans ma jeunesse, c’ėtait des histoires de familles dont la police ne s’occupait pas.

    Aujourd’hui, c’est un crime. Il y a eu ėvolution.

  4. Toile dit :

    Un crime dont conard dérangé pourrait se gracier, foi de Giuliani

    1. gl000001 dit :

      Moi ce qui me fait tiquer des propos de Giuliani, c’est le « probablement » qu’il puisse se gracier. Il me semble que ça ne fait pas sérieux. Tu le sais et tu l’affirme ou bien tu ne le sais pas et tu ne dis rien.
      Pourquoi il parle ? Pour s’écouter parler ? Il était comme ça lorsqu’il était maire ?

  5. ghislain1957 dit :

    Peut-être que Trump ne frappe pas Mélania, mais celle-ci ne sera pas présente au sommet du G7, ni à Singapour
    pour la rencontre du Moumoutissime avec Kim.

    Est-ce moi, ou elle est la première first lady à ne pas accompagner le président sur une base aussi régulière?

    Melania Trump n’ira ni à La Malbaie, ni à Singapour

    http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201806/03/01-5184327-melania-trump-nira-ni-a-la-malbaie-ni-a-singapour.php

    1. Sueurs dit :

      C’est à se poser la question… pourquoi?

      1. gl000001 dit :

        Dépression ?

    2. igreck dit :

      Dommage ! Seul aspect intéressant de la venue de la bande de tarés du Trumpeinstein chez-nous !?!

  6. Toile dit :

    Euh… qui Nixon ? J’espère que l’interrogation ne sous entend pas une excuse au comportement. Dans le temps de ma grand-mère, on disait aux femmes « pourtant tu devrais le savoir qu’il ne faut pas provoquer ton mari quand il est saoul ».

  7. cotenord07 dit :

    Je crois que le raisonnement de Seymour Hersh à ce sujet, en 1974, était typique du raisonnement des journalistes d’à peu près tous les pays occidentaux, en ce qui concerne la « vie privée » des hommes politiques.
    Madame Denise Bombardier a déjà affirmé à une émission de Télé-Québec diffusée dans les 5-7 dernières années, que si la population du Québec avait été informée de certaines facettes de la vie privée de l’un de nos anciens premiers ministres québécois, il y a de bonnes chances qu’il ne serait jamais devenu premier ministre…
    Et chez nos cousins français, on s’est souvent vanté que les journalistes maintenaient un mur étanche entre la vie publique et la vie privée des hommes politiques. Ce mur étanche a d’ailleurs presque permis à Dominique Strauss-Kahn de devenir président de la République française, et c’est un événement qui s’est produit à l’hôtel Sofitel de New York, aux États-Unis, le 14 mai 2011, qui a changé le cours de l’histoire. Si cet événement s’était produit dans un hôtel de Paris ou de Lille, il y a de bonnes chances que DSK serait devenu président de la France…

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Dominique_Strauss-Kahn

  8. jeanfrancoiscouture dit :

    De la douzaine de présidents depuis la Seconde Guerre Mondiale, Nixon fut, loin derrière Trump, le moins «présidentiel». Parano colérique, il n’était pas impossible qu’il ait levé la main sur sa conjointe. Aujourd’hui, tout concourt à la divulgation de la moindre incartade alors, la violence conjugale ne saurait rester secrète et impunie.

    La mentalité de l’époque voulait que les médias ne s’attardent pas à ce qu’on appelait la «vie privée». Cela explique, par exemple, que les amourettes extra conjugales du clan Kennedy n’aient été que discrètement évoquées, et encore. Même la triste affaire «Chappaquiddick» qui lui a bloqué la voie à la présidence n’a pas empêché le benjamin des Kennedy d’avoir quand une carrière politique.

    Que cette vérité sur le «déplorable» Nixon sorte maintenant, cela ne donne rétrospectivement rien à sa conjointe mais cela complète le portrait
    des côtés glauques de ce personnage qui, à la différence de Trump, pouvait, à l’occasion se comporter en «président» même si, à l’abri des oreilles et des yeux inquisiteurs dans son bureau et en famille, il pouvait être odieux.,

    1. jeanfrancoiscouture dit :

      Trou dans le texte, 2e parag: « ….avoir QUAND même une carrière politique.»

  9. carl tetu dit :

    Autre temps, autres moeurs…

  10. Cyto dit :

    À l’époque, les lois sur la violence conjugale étaient sûrement aussi rétrograde qu’au Québec. On a évolué, heureusement, aujourd’hui si un crétin s’avise de lever la main sur moi il va avoir un policier dans la face avant d’avoir eu sa baisse d’adrénaline, mais à l’époque, c’était considéré comme des affaires privées.

    Disgracieux, oui, mais privé, on n’approuvais pas mais on ne s’en mêlait pas. La jurisprudence reflétait cette conception de la violence conjugale. Il a fallu que des femmes tuent leurs maris pour sauver leur vie, et que la population s’offense quand les tribunaux traitaient cela comme un meurtre plutôt que de la légitime défense pour voir un changement de position.

    En relisant les événements de l’époque, il faut se souvenir que la mentalité a changé, en parler, expliquer le contexte, et continuer à partir de là.

    J’y vois une analogie avec certaines statues érigées pour démontrer une dominance et marquer certains États comme appartenant à une certaine.. « élite », qui sont aujourd’hui tout simplement insultante pour les deux peuples, et qui devraient toutes être déboulonnées et installées dans un musé avec un contexte qui explique l’évolution des mentalités pour la nouvelle génération.

    Au fait, Trump est répugnant de plein droit, et son comportement répugnant est plus que suffisant pour que Mélania n’aie pas envie de s’afficher avec lui.

    Ivana l’avait accusé de viol et de violence conjugale, et les tribunaux avaient traité l’affaire comme relevant de la vie privée. Est-ce qu’il a fait la même chose à Mélania, ce qui expliquerait son hospitalisation et sa disparition? Très possible. Faute de preuves, attendons.

    Parions qu’il ne ferais pas fuiter cette information. Le « yenta » en chef aurais du mal à bullshitter celle-là.

    1. papitibi dit :

      Certes, les lois d’antan étaient – disons – moins favorables à la femme victime de violence; je le sais pcq c’était mon job de dealer avec les Lois. Et la police.

      D’habitude, un notable du village ou un politicien est plus connu que sa femme au foyer alors quand la madame appelle pour dénoncer, ou bien le policier est très admiratif du bonhomme et ne croit pas la madame, ou bien il haït déjà le bonhomme et va s’arranger pour le poivrer solide. Ça, ça n’a peut-être pas beaucoup changé.

      Ce qui a changé, par contre, c’est la formation plus poussée des policiers chargés d’intervenir à la suite d’une plainte de violence conjugale: une policière va aller jaser avec madame pendant qu’un agent à moustache s’occupe de calmer le monsieur. Une fois que c’est fait, là ils vont (en principe) prendre la décision qui s’impose. En principe…

  11. ___________
    @ M. Hétu

    Est-ce moi qui suis dure de comprenure ? Je ne saisis pas bien le sens de votre dernier paragraphe :

    « Seymour Hersh a le mérite de raconter dans son livre non seulement ses succès mais aussi ses erreurs. En 2018, celle-ci semble inacceptable voire inconcevable. N’est-ce pas? » _____

    À quoi se rapporte le « celle-ci » dans « E 2018, celle-ci semble inacceptable […] ?

    Merci de m’éclairer.

    1. Bartien dit :

      Je crois que l’erreur dont il est question a été de ne pas écrire d’article sur la violence conjugale du président Nixon à l’endroit de sa femme.

  12. el_kabong dit :

    On peut simplement conclure que M. Hersh n’était pas à l’avant-garde des mentalités des hommes de son époque sur la question de la violence conjugale, à savoir qu’il s’agissait du domaine « privé »…

    1. Bartien dit :

      Un mouton qui suivait le troupeau.

      1. Carl Têtu dit :

        Qu’en est-il du staff de la MB et d’un personnel médical ?

  13. André Rondeau dit :

    Je ne reçois plus vos blogues depuis lundi. Normal?

  14. suzanne dit :

    je suis abonnée à votre blogue mais je ne reçois plus les courriels, pourquoi ?

  15. Nycole L. dit :

    M. Hétu, pouvez-vous me dire pourquoi je n’ai plus reçu vos blogues depuis celui-ci qui date du 4 juin? Étes-vous en vacances?
    Merci à l’avance de me donner une réponse.

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