Le blogue de Richard Hétu

L'Amérique dans tous ses états

Intitulé American Dirt et écrit par Jeanine Cummings, le roman raconte l’histoire de Lydia Quixano Pérez, une libraire mexicaine qui cherche à se réfugier aux États-Unis avec son fils Luca pour fuir le chef d’un cartel de la drogue. Il a été mis aux enchères en 2018, vendu à fort prix et sélectionné récemment par le club de lecture d’Oprah Winfrey, qui en a fait la promotion la semaine dernière avec l’autrice sur le plateau de l’émission CBS This Morning. What can go wrong? À peu près tout, si l’on se fie à des articles publiés récemment par le New York Times et le magazine en ligne Slate.

Des critiques ont déploré une intrigue digne d’une telenovela, alors que la rumeur comparait le roman aux Raisins de la colère de John Steinbeck. D’autres ont dénoncé de nombreuses incongruités culturelles et le saupoudrage malheureux de dialogues en espagnol approximatif tiré de Google Translate. Et, bien sûr, plusieurs autres encore ont accusé l’autrice, qui s’identifie comme Blanche et Hispanique (une de ses grands-mères est portoricaine), son éditeur et ses publicistes d’appropriation culturelle.

Tout ce beau monde se voit ainsi reprocher d’exploiter le drame des migrants, de se vautrer dans le trauma porn, pour faire un gros coup d’argent, avec la complicité de célébrités comme Oprah Winfrey et Salma Hayek. Hayek, faut-il préciser, a supprimé récemment un tweet dans lequel on la voyait avec le roman de Cummings entre les mains.

La couverture du livre, avec ses barbelés et ses oiseaux stylisés, a aussi fait l’objet de critiques, certains y voyant une forme pernicieuse de border chic.

Cela étant, American Dirt se vend très bien. Aux dernières nouvelles, l’éditeur avait fait passer de 300 000 à 500 000 le nombre d’exemplaires de l’édition initiale.

(Photo Getty Images)



42 réflexions sur “Accusations d’appropriation culturelle autour d’un bestseller sur les migrants

  1. Emalion dit :

    C’est quoi l’appropriation culturel. Avoir écrit une histoire sur le sujet ou dire qu’elle est blanche et hispanique et qu’elle ne maîtrise pas l’espagnol?

  2. Danielle Vallée dit :

    border chic ???????

    1. gl000001 dit :

      Moi aussi, je ne sais pas ce que c’est.
      C’est d’être bien habillé lorsqu’on traverse la frontière ?

      1. Layla dit :

        @Gl000001
        « Border chic »
        « C’est d’être bien habillé lorsqu’on traverse la frontière ? »
        Vous n’en ratez pas une…😂😂😂bravo

      2. Haïku dit :

        @gl000001
        Délicieuse logique. 😉😉

      3. gl000001 dit :

        Je ne sais toujours pas ce que c’est ! J’ai googlé ça 2-3 minutes et rien de concret !

    2. Achalante dit :

      Je dirais que c’est le fait de banaliser les barbelés de la frontière, voir de les rendre attrayants, et ainsi masquer les horreurs faites en son nom. Pardonnez le point Godwin, mais imaginez un roman dont la couverture afficherait le camp d’Auschwitz comme un charmant jardin fleuri…

  3. Rick42 dit :

    Si ce livre peut sensibiliser l’opinion publique aux USA concernant les problèmes des migrants, eh bien, tant mieux. Il n’y a pas d’appropriation culturelle là-dedans. Ou alors l’immense trilogie de Don Winslow (La dent du chien, Cartel et La frontière) est de l’appropriation culturelle car presque toute cette saga se passe au Mexique, et le héros est Américano- Mexicain! Quelle foutaise cette hystérie collective des ultra-bien-pensants!!

  4. ddescarreaux dit :

    On dirait que «autrice» n’égratigne pas seulement mes tympans.
    https://www.ledevoir.com/opinion/idees/568457/langue-une-auteure-ou-une-autrice

    1. gl000001 dit :

      L’article écorche l’OQLF avec raison !
      Moi, c’est le « bon matin » et « Pékin » qui m’écorchent les oreilles.

      1. karma278 dit :

        En ce qui me concerne, c’est la traduction systématique des noms de pays et de villes
        qui m’horripile
        🗯️🗯️🗯️🗯️🗯️

      2. karma278 dit :

        Je veux dire, si les espagnols nomment leur pays Espa¨na,
        ce n,est ni Spain ni Espagne.

        C’Est Espa¨na! Point. Period.

      3. ddescarreaux dit :

        J’ai résisté longtemps à «bon matin». j’ai flanché récemment.

    2. M.Rustik dit :

      @ddescarreaux,
      Moi c’est 20-20 (au lieu de 2020) qui me fait saigner des oreilles (20-20 c’est de l’engrais!). Je peux comprendre un anglo, ils nomment souvent les années, les autoroutes de cette façon, mais un franco, je m’évanouie presque à cause du mal de tête que ça me cause! 😉

      1. karma278 dit :

        20-20-20, c’est de l’engrais.
        20-20, ce pourrait être la qualité de votre vision, genre 20/20

    3. chicpourtout dit :

      Vous n’êtes pas seul…
      Quel horreur à l’oreille…  »auteure » c’était parfait, pourquoi changer ce mot
       »If it’s not broken do not fix it »… ils ne connaissent pas ça??….

      1. gl000001 dit :

        Avant, on avait des politicologues. Maintenant ce sont des politologues !
        On avait des milléniaux. Maintenant des millénariaux !!!
        Ou est l’amélioration ?

  5. gl000001 dit :

    Quel beau pays plein de contradiction. Ils veulent le moins d’intervention de l’État mais interviennent de plus en plus dans la Culture ou dans ce qui se dit ou devrait se dire !
    Outrage addiction is the new adrenaline addiction !!
    Si le livre est un citron, que les critiques le disent. Et si les gens l’achètent pareil, ils auront été avertis. C’est comme le simili-potus.

    1. Queb dit :

      J’avais lu « simili-poulet. 😁

      1. gl000001 dit :

        🙂
        Le poulet a des plumes. Le simili-potus mérite de se faire sortir avec du goudron et des plumes !

      2. Haïku dit :

        @gl000001
        😉👌👌
        Tout à fait. Ça serait un belle sortie.

  6. treblig dit :

    Tiens donc. Dans ce contexte Maria Chapdelaine, écrit par Louis Hémon, un français originaire de Brest ,serait donc de l’appropriation culturelle.

    1. Haïku dit :

      Effectivement. 😎

    2. papitibi dit :

      La cerise sur le sundae de Maria Chapdelaine, c’est le film qu’en a tiré Julien Duvivier en 1934. Jean Gabin y tenait le rôle de François Paradis alors que Madeleine Renaud campait ‘notre’ Maria. Dialogue truffé d’expressions typiques de la parlure des ‘habitants’, genre son père, sa mère pour désigner Poupa pis Mouman. Ça, j’ai trouvé amusant!

      Le film a été diffusé il y a quelques semaines sur TFO; je l’ai revu avec amusement.
      Mais diantre, qui, de l’auteur Louis Hémon ou du réalisateur Duvivier s’est mis dans la tête que les ‘sauvages’ qui habitaient au Lac St-Jean était des Iroquois? Péribonca pis Cornwall, cé pô pareil pantoute!

      1. Haïku dit :

        Merci pour l’info. Ça m’intrigue. Je vais essayer de visionner le film.

  7. Pierre S. dit :

    ———————–

    Ca va ruiner la carrière politique d’Oprah …. ha ha ha !

    On rit mais c’est possiblement ce que pense l’andouille de la MB.

  8. spritzer dit :

    C’est pas l’appropriation culturelle le problème, c’est qu’ils essaient de faire passer un navet pour une grande oeuvre dans le but de faire une passe d’argent. En exploitant le drame des migrants en plus.

    1. Rick42 dit :

      Spritzer Je vous trouve bien catégorique… l’avez-vous lu ce livre?

      1. spritzer dit :

        @Rick42

        C’est ce que je me disais aussi, mais je me suis fié sur le texte du billet… De toute façon faire la piasse est le sport national aux États-Unis alors il n’y aurait rien de surprenant.

  9. lechatderuelle dit :

    ah la rectitude politique …. quelle plaie….

    les doubles standards et double langage de ses apôtres de la rectitude passent toujours sous silence…

    tout aussi nocif que la religion ce truc….

  10. onbo dit :

    L’appropriation culturelle est l’acte d’accusation de dernier recours de la mauvaise foi des incultes.

    J’ai assisté en silence total à l’accusation d’ACult contre « l’absence d’acteurs noirs » dans une pièce à Québec.

    La pièce a été retirée, non pas comme admission d’une erreur, mais parce qu’un artiste vrai sait qu’on ne s’acharne surtout pas contre la mauvaise foi. L’inculte s’en nourrit. Insister pour jouer eut récompensé les commères de blogues et de salons, les opposants ou jaloux dans l’ombre.

  11. constella1 dit :

    Onbo
    Totalement d’accord avec vous
    Ayant assisté tout comme vous et en silence ….
    👏👏👏👏

  12. M.Rustik dit :

    J’ai de la difficulté avec le concept négatif d’appropriation culturelle. Le but de la culture n’est-il pas de rayonner et de voir les autres la partager, l’utiliser et de s’en apprioprier?

    1. Achalante dit :

      Il y a des tas de sites qui expliquent ce qu’est l’appropriation culturelle, et pourquoi c’est négatif. L’exemple le plus rapide est le fait de porter un costume national d’une ethnie qui n’est pas la sienne à l’Halloween : une source de fierté nationale pour l’un ne devrait pas être l’objet de moquerie pour l’autre.

      Par ailleurs, c’est utilisé dans le cas d’un élément culturel d’un groupe minoritaire ou exploité par un groupe majoritaire/prépondérant sans égard à la signification culturelle originale de l’élément emprunté.

      Pour revenir au livre en question, l’accusation que j’ai lue est plutôt qu’il utilise des préjugés à l’égard des personnages mexicains; qu’ils sont des caricatures plutôt que des personnages balancés.

      1. M.Rustik dit :

        @Achalante, En quoi porter un costume à l’Halloween a pour but de la moquerie?

        Je comprends le problème du « sans égard à la signification culturelle originale de l’élément emprunté », mais qui est le juge que pour moi c’est sans égard? Si je vois une personne avec une ceinture fléchée et un casque de castor à l’Halloween, dois-je penser à priori qu’il le fait sans égard et par moquerie?

        Dans l’art, c’est encore plus biaisé. Par exemple, dans l’industrie canadienne et québécoise du théâtre les minorités sont-elles suffisamment représentées? Posons-nous des barrières à celles-ci pour faire carrière dans cette industrie? Ce sont des questions légitimes et probablement que les blancs n’aimeraient pas les réponses.

        Maintenant, est-ce qu’une noire peut jouer dans « les Belles-Sœurs » une de belles soeurs? Certainement, et je suis presque certain que Michel Tremblay n’y verrait aucun problème. Est-ce qu’un blanc peut jouer un amérindien dans une pièce de théâtre? Certainement. Est-ce qu’une blanche peut écrire un roman avec comme personnage principale et trame une hispanique? Certainement, ce n’est pas autobiographique, c’est de la fiction… je suppose le lecteur assez intelligent pour le comprendre.

        En passant, dans les Belles-soeurs de Michel Tremblay il y a un paquet de préjugés sur les femmes québécoises des années 60! C’est une pièce de théâtre « caliboire », Comme le livre de madame est un livre de fiction.

      2. Achalante dit :

        @ M Rustik: pourquoi l’un des frères (que l’on ne voit pas dans la pièce) n’aurait pas épousé une femme noire? Il n’y a rien qui ne l’empêche, le Québec n’avait pas de lois contre les mariages multiraciaux. Mais comment une personne d’origine française pourrait-elle comprendre la réalité d’une personne amérindienne? À moins d’être sociologue et d’avoir étudié les différentes sociétés des Premières Nations (ce qui est peu probable pour un acteur), elle ne peut pas.

        Pour en revenir aux costumes d’Halloween, j’imagine que quelqu’un qui se déguise en diable ou en assassin à la tronçonneuse, c’est par respect pour le personnage? Non. Rappelez-vous (si vous l’avez déjà vu) ce costume de prêtre avec la main sur la fourche d’une marionnette-enfant. On se déguise (normalement) en quelque chose qui fait peur. Alors prendre le costume national d’une autre personne est de très mauvais goût. (C’est évidemment autre chose si c’est porté dans le contexte d’une journée culturelle où on explique la culture derrière le costume).

        Autre exemple: le shalwar kameez, costume très porté en Inde, au Pakistan et autres pays autour. (Sans compter les autres pays qui ont une variante.) C’est un costume de tous les jours, simple, pratique, adapté aux climats chauds. Rien n’empêche quelqu’un d’une autre région du monde de le porter. Mais imaginez qu’un designer en fasse une version avec des broderies inspirées d’éléments religieux hindous, ou empruntés de vêtements de cérémonie « parce que c’est joli ». Alors des tas de gens risquent de porter des vêtements sans même savoir qu’ils désacralisent quelque chose de sacré. Le designer a alors fait de l’appropriation culturelle.

        Inversement, pour illustrer la partie « culture prévalente », le christianisme a envoyé des tas de missionnaires partout dans le monde, dont au Japon. Et donc plusieurs japonais sont familier avec la Croix, mais sans en connaître sa signification religieuse. Et plusieurs mangas de fin du monde (entre autres) l’utilisent sans référence à la passion du Christ. Ou juste comme un pendentif décoratif, sans plus. Pourquoi c’est acceptable? Parce que les missionnaires chrétiens leur ont pratiquement imposé le symbole sans leur demander la permission.

        Maintenant, si vous voulez en savoir plus, allez faire quelques recherches. Sinon, je vous suggère un peu de modestie, et juste accepter que si quelqu’un dit que quelque chose est insultant, c’est insultant. C’est du simple respect d’autrui.

    2. onbo dit :

      Le concept d’appropriation culturelle existe. Donald fait bien de la « désappropriation socio-politique » quand il met sur les épaules des autres ses propres défauts systémiques et de la désappropriation culturelle, quand il peinturlure son visage thin skin de la palette pumpkin pour dissimuler son teint blanc et ses traits de financier et de boss intraitable afin de paraître plus sympathique….

      Par exemple, si l’autrice s’était maquillée en teint orangé pour aller chercher des élément de son livre au Mexique, ou si elle s’était maquillée en orangé, palette Trump, pour faire ses entrevues de lancement, vous auriez là un bel exemple de tentative de tromper subtilement son public, pour faire plus latino classique, afin d’en tirer un avantage personnel.

      Ici, l’autrice est demeurée qui elle était, sans cacher qui elle était. De plus il s’agit d’un roman. Et dans un Roman, on a la liberté de camper dans un même scénario d’écriture les personnages les plus rocambolesques. L’intention de l’auteur? On va pas là! Un roman c’est fait pour être lu; et que chacun y cueille selon sa soif d’apprendre, ou encore son refus inconscient de chercher à comprendre ( ses préjugés).

      1. RICK42 dit :

        Excellent texte…bravo! …sauf que le mot « autrice » m’écorche les yeux… »auteure » passe tellement mieux! M’enfin, on n’arrête pas le progrès. 😚

  13. Si le livre est aussi mauvais qu’on le dit, qu’on le critique abondamment, qu’on n’en recommande pas l’achat, qu’on en fasse des confettis avec un exemplaire, qu’on en mette à la poubelle comme certains critiques faisaient avec de mauvais 45 tours en ces temps où la «police de la pensée» ne sévissait pas encore mais qu’on me lâche les baskets avec la dite «appropriation culturelle». Si ça continue, cela va traverser la frontière de la médecine et on va exiger que «la personne diplômée en médecine» qui nous soignera aura lui/elle aussi été victime de la même maladie que nous.

    Quant à mes oreilles «écorchées» avec les «bon matin, autrice, chantrice (oups! scuzez. on n’est pas encore rendus là) j’avoue que j’en suis rendu au point où j’ai le cerveau à «off» sauf quand on marmonne au point où on ne comprend rien ou qu’on supprime systématiquement des syllabes à des mots qui en comptent plus de trois. C’est alors que, par exemple, communication, mobilisation. ou constitution deviennent respectivement commication, mobization ou conssstution. Et la liste pourrait s’allonger encore et encore. Ce ne sont pas les exemples de «parlure molle» qui manquent.

    Parlant de s’exprimer «comme du monde», vous avez entendu Lydia Bouchard hier soir chez Guy A. Lepage? C’est drôle, quand elle parle on comprend chaque mot et on comprend parfaitement son propos car elle ne «marmonne» jamais. Il y en a que j’ai peine à comprendre quand ils parlent; au point où je me demande si je suis en train de perdre des parcelles d’audition. Or, quand des personnes comme Mme Bouchard ou Magalie Lépine-Blondeau parlent, on dirait que mon ouïe redevient parfaite. Et quand, parlant des effets du vieillissement chez les danseurs elle a lancé: «Le corps change. Le médium s’étiole» j’en ai arrêté mon ENP pour reculer et entendre encore cette magnifique métaphore reliant le corps humain aux fleurs.

    1. onbo dit :

      @ JFC 11h28
      @Rustic 13h24

      Je partage tout à fait.

  14. xnicden dit :

    « D’autres ont dénoncé de nombreuses incongruités culturelles et le saupoudrage malheureux de dialogues en espagnol approximatif tiré de Google Translate… »

    C’est surtout cela qui est difficile à avaler selon moi et qui dénote un manque de respect. Surtout de la part de l’agent de l’auteur et de son éditeur; ce sont eux qui avaient le devoir de réviser le livre mais manifestement ça ne leur est pas venu à l’esprit de s’attarder sur ces points. Ça me semble assez révélateur d’une certaine insensibilité culturelle malheureusement trop présente chez beaucoup d’américains, même dans les milieux éduqués.

  15. Haïku dit :

    « доброе утро моя любовь ».
    (Bon matin, mon amour)
    – Une carte Valentin de Vlad Putin ? ❤

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