Le blogue de Richard Hétu

L'Amérique dans tous ses états

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Il y a quatre jours, le gouvernement américain a annoncé qu’il n’accordera pas de visa aux responsables de la Cour pénale international (CPI) chargés d’enquêter sur de possibles exactions commises en Afghanistan, notamment par les troupes américaines. Cette mesure, sans précédents, a tout de suite entraîné une salve de critiques, notamment de la part de l’ONG Human Rights Watch.

On pourrait y voir une autre décision isolationniste de l’administration Trump. Mais il est important de préciser que les États-Unis n’ont jamais ratifié le Statut de Rome créant la Cour pénale internationale en 2002. Si le président Bill Clinton s’y était montré favorable, son successeur, le président George W. Bush, mais surtout le Sénat américain à majorité républicaine à l’époque, s’y étaient opposés, notamment par craintes que des soldats américains se voient poursuivis par le tribunal.

Cette décision tombait en même temps que le ré-alignement sécuritaire des États-Unis au lendemain de 11-Septembre, où le concept d’ennemi combattant et les nombreuses prisons secrètes laissaient apparaître une nouvelle architecture sécuritaire qui, du point de vue de la loi internationale et américaine, aurait pu être répréhensible. Le président Obama n’a pas relancé le processus, et ce, même si les démocrates contrôlaient la Chambre des représentants et le Sénat en 2009.

«Nous n’allons pas coopérer avec la CPI, nous n’allons pas lui fournir d’assistance, nous n’allons pas adhérer à la CPI. Nous allons laisser la CPI mourir de sa belle mort» car «pour nous, la CPI est déjà morte», avait déclaré en septembre John Bolton, rappelle le Courrier international. Peu étonnant, alors que le conseiller de la Maison-Blanche à la sécurité nationale a joué un rôle actif en 2002 pour bloquer la ratification du traité de Rome.

La prise de position américaine n’est donc pas nouvelle, ni partisane, même si c’est la première fois que le gouvernement américain prend une mesure hostile à l’encontre de la CPI. La CPI n’est pas une institution des Nations unies; les États-Unis ne violent ainsi aucune obligation internationale. En soi, cette décision suit la logique de la position américaine depuis le début.

Pour la CPI, c’est autre chose. C’est claque après claque qu’elle se prend: cafouillage au procès de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo et du présumé chef de milice Charles Blé Goudé, acquittement du Congolais Jean-Pierre Bemba, retraits de plusieurs pays dont le Burundi et les Philippines. La CPI était la suite logique des grands procès de Nuremberg où la communauté internationale se donnait un mécanisme pour lutter contre les crimes contre l’humanité et les atrocités de masse, et ce, au lendemain de la guerre froide, alors qu’on croyait à un nouveau règne de respect des droits humains.

La dernière année a démontré un sérieux recul des idéaux derrière la CPI. Si l’annonce américaine n’est peut-être que de jeter une allumette dans un brasier bien entamé, elle annonce clairement que les États-Unis ne seront pas les pompiers.

(Photo Reuters)

16 réflexions sur “Fini les visas américains pour la Cour pénale internationale

  1. Carl Poulin dit :

    Je suis d’accord avec cette mesure du côté américain car plusieurs dossiers dans lesquels la CPI à été impliquée sont tombés dans d’immenses cotroverses, particulièrement en Afrique.

    1. chrstianb dit :

      C’est ça. Au lieu de réformer et de montrer un certain leadership concernant les droits humains, on démolit tout pour faire pire. Il n’y aura plus aucun recours.

  2. karma278 dit :

    « notamment par craintes que des soldats américains se voient poursuivis par le tribunal. »

    Est-ce que vous voulez dire tenir les américains responsables de leurs actes illégaux?
    Encore des folies des zeuropéens socialisses pis d’la Chine pour anéantir l’économie américaine.
    Évidemment les répus ont voté contre.

    Les lois, ils les font pour les autres, pas pour eux. 🤪🤪🤪

    La CPI devient donc la Convention Pénale Ignorée de Tiny et sa racaille.

  3. lechatderuelle dit :

    les cafouillages ont sans doute plus à voir avec le manque de soutien et donc de capacités de recherches (lire fric) pour étayer les preuves….

    Le manque de soutien ne peut qu’affaiblir cette organisation…. dommage….

    Les USA pensent plus à s’armer, à investir dans la « défense » comme ils ne cessent de le répéter à l’Europe pour l’OTAN….

    Pourtant en 2019, au XXI ième siècle, la planète est mûre pour constater que de s’armer pour la guerre ne règle absolument rien….
    mais plus on s’occupe des plus pauvres et plus vulnérables et plus on élimine des sources d’inégalités et ça éloigne la soif de se venger…..

    Les USA sont des bourreaux car leur vision est arriérée…. La Russie est dans le même camp….
    et plusieurs pays satellites « vendus » à cette philosophie….

    Le colonialisme empêche plusieurs pays à se lever car leur héritage n’est pas sans tache….

    Mais faudra revoir, un jour, la maxime si tu veux la Paix prépare la guerre… qui est de plus en plus absurde…… car après autant de temps, elle n’a rien réglée…. au contraire….

    La « guerre » demeure le dernier effort des Rois pour revamper leur richesse… la religion et le commerce entretenaient ce fantasme de Roi pour mieux s’installer…. stabilisant leurs positions dans les sociétés…..
    Le concept est le même mais on mesure mieux les dommages collatéraux dans une économie globalisée….

    Les USA sont les derniers vendeurs d’huile de baleine qui combattent l’arrivée de l’électricité……

  4. papitibi dit :

    Crée belle-moustache-à-Bolton, va!

    Quand un pays refuse l’accès à des observateurs internationaux, on s’empresse de le qualifier d’État-Voyou.

    N’est-ce pas?

    Entéka, voilà un bel aveu de responsabilité pénale. Merci.

  5. Philippe Mimouni dit :

    La cpi comme les droits de l homme dont siegeent les plus grands dictateurs et criminels de la planette ( Arabi saoudite, syrie, turky, egypte, et autre pays africains….. Etc ne devraient plus exister

    1. chrstianb dit :

      Non, c’est faire le ménage. Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, ça vous dit quelque chose?

  6. papitibi dit :

    HS

    A great friend of mine is here today. Let’s welcome President Bolso… Bol… Beu…, well, just call him Tropical Trump!

    1. chrstianb dit :

      Ce n’est pas si hors sujet que ça…

  7. Gilles Morissette dit :

    Ne pas reconnaître l’autorité du CPI est une chose.

    Refuser d’octroyer des visas d’entrée aux USA chargés d’enquêter sur les crimes commis par les soldats américains en Afghanistan en est une autre. Ça démontre toute la dérive de ce pays en matière de droits de la personne.

    Soyons clair. le CPi n’est pas sans reproche. Son cafouillage dans les dossiers dont parle monsieur Boisvert indique que cette organisation a besoin d’une sérieuse réforme. Elle est devenu inefficace et dysfonctionnelle. Pas étonnant que certains pays aient décidé de s’y retirer.

    Ce n’est pas une raison pour jeter l’éponge et pour ne pas essayer de prendre des mesures afin de corriger la situation. Les USA et d’autres pays auraient pu prendre le leadership.

    Au lieu de ça, Tiny Brain et sa horde de fripouilles préfèrent laisser mourir le patient plutôt que de le sauver.

    Bienvenue au pays des MAGA où les droits de la personne sont devenus la dernière de ses préoccupations.

  8. treblig dit :

    Rien de nouveau sous le soleil, sauf l’attitude arrogante de Bolton.

    Les États-Unis ne reconnaissent aucun pouvoir juridique qui soit supérieur hiérarchiquement à ses propres tribunaux. Sur un sujet donné, le dernier mot juridique est le jugement de la Cour Suprême. Point final. Pas question d’ajouter un niveau supérieur d’autorité comme la Cour pénale internationale.

  9. P-o Tremblay dit :

    La CPI est une institution absolument magnifique et nécessaire, en théorie….

    En pratique c’est loin d’être le cas et je crois qu’une réforme devrait être faites. Mais bon je ne pense pas que l’administration Trump est cela en tête dans son refus.

  10. jeanfrancoiscouture dit :

    @treblig,19/03/2019 à 15:36. «Les États-Unis ne reconnaissent aucun pouvoir juridique qui soit supérieur hiérarchiquement à ses propres tribunaux.»

    Non seulement ils int cette doctrine mais ils vint même jusqu’à appliquer les lois US aux pays, firmes ou individus qui transgressent des lois, interdits et embargos US même les gestes sont posés ailleurs qu’aux USA. Et s’ils ne peuvent le faire par le biais des tribunaux, ils le,font par le biais de tarifs et autres mesures économiques ou juridiques. C’est cela le pouvoir et l’arrogance du «gros» quand on est la premie`re puissance économique.

    1. chrstianb dit :

      Effectivement comme le chapitre III de la loi Helms-Burton.

    2. jeanfrancoiscouture dit :

      J’avais manifestement travaillé bien trop vite. Mon texte de 15:55 était plein de coquilles. Je l,ai donc revu et corrigé comme suit. Avec mes excuses à ceux et celles qui aiment lire des textes correctement écrits.

      Non seulement ils ont cette doctrine mais ils vont même jusqu’à appliquer les lois US aux pays, firmes ou individus qui transgressent des lois, interdits et embargos US même si les gestes sont posés ailleurs qu’aux USA. Et s’ils ne peuvent le faire par le biais des tribunaux, ils le,font par le biais de tarifs et autres mesures économiques ou juridiques. C’est cela le pouvoir et l’arrogance du «gros» quand on est la première puissance économique et militaire mondiale..

  11. Yes-Comment dit :

    Pour mémoire un texte de loi adopté en 2002 nommé « American Service-Members’ Protection Act », n’avait pas soulevé de levée de boucliers.
    Son objectif ?
    Protéger les membres du gouvernement américain, de l’armée américaine et d’autres officiels responsables de toute poursuite par la Cour pénale internationale, née cette même année, à laquelle les États-Unis n’adhèraient, et n’adhèrent toujours pas.

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