
Ce n’est pas seulement l’histoire d’un journaliste qui se rebelle contre ses nouveaux patrons. Pour prendre toute la mesure de ce qu’il s’est passé cette semaine à CBS News, il faut rappeler les manoeuvres qui ont précédé et suivi la fusion entre Skydance et Paramount l’été dernier. Fusion qui devait recevoir le feu vert de l’administration Trump.
Avant la fusion, Paramount, société mère de CBS News, a d’abord accepté de verser 16 millions de dollars à Donald Trump pour régler sa poursuite bidon contre 60 Minutes, qu’il accusait d’avoir modifié de façon trompeuse une entrevue accordée par Kamala Harris avant l’élection présidentielle de 2024. L’animateur du talk-show de fin de soirée de CBS, Stephen Colbert, a perdu son émission après avoir qualifié cette entente à l’amiable de « gros pot-de-vin ».
Après la fusion, David Ellison, patron de Paramount Skydance et fils de Larry Ellison, riche allié de Trump, a orchestré des changements à CBS News. Il a notamment nommé à sa tête Bari Weiss, dont l’expérience comme gestionnaire se limitait à la création et la direction de Free Press, un site publié sur Substack voué à la critique du wokisme et à la normalisation du trumpisme.
Dans son nouveau rôle, Weiss a lamentablement échoué à freiner le déclin de CBS Evening News, le nouveau chef d’antenne de la chaîne, Tony Dokoupil, étant considéré comme un poids plume. Elle est en train en outre accusée d’être en train de détruire 60 Minutes, l’émission phare de CBS News, qui demeure une véritable vache à lait. Scott Pelley, un des journalistes vétérans de l’émission, a exprimé lundi tout le mal qu’il pensait de Weiss et de Nick Bilton, la personne qu’elle a nommée pour occuper le rôle de producteur exécutif de l’émission.
Lors de la première rencontre de Bilton avec ses nouveaux employés, Pelley a dénoncé son manque d’expérience en télévision, une critique qu’il a également formulée à l’égard de Weiss. Mardi soir, Bilton a viré Pelley. On peut lire dans ce billet la lettre annonçant son limogeage à Pelley. Ce dernier a répondu en lançant de sérieuses accusations contre CBS News. Je cite de larges extraits de la lettre qu’il a fait parvenir aux médias.
« 60 Minutes est le programme numéro un en Amérique depuis des décennies, parce que notre fidèle audience y trouve intégrité, qualité et humanité dans nos reportages. Lorsque la direction du programme m’a été confiée, à mes collègues et à moi, notre responsabilité était de nous développer avec énergie dans une nouvelle ère des médias technologiques, tout en préservant les valeurs qu’attend notre audience. Or, le nouveau propriétaire de notre chaîne est en train de mettre cette légende de côté, apparemment pour s’attirer les bonnes grâces de l’administration Trump.
« Ce gâchis est déchirant. Le mois dernier, 60 Minutes a perdu son âme lorsque l’ensemble de notre direction senior et deux de nos meilleurs correspondants à l’antenne ont été cruellement licenciés sans motif valable. De bonnes personnes ont été réduites au silence parce qu’elles ont défendu notre audience. Elles ont défendu l’équité face aux forces du biais politique ; elles ont défendu le professionnalisme face au chaos. En ce qui me concerne, la nouvelle direction m’a demandé d’introduire des contrevérités et des partis pris dans un reportage politiquement sensible. On m’a demandé d’inclure des affirmations non vérifiées. À ce jour, dans chaque cas, j’ai réussi à ignorer ces instructions ou à les refuser.
« Récemment, des hommes politiques ont été invités à choisir les correspondants pour leurs interviews dans l’émission. Laisser des politiciens contrôler les interviews de 60 Minutes, ce n’est pas ainsi que les choses se font. Par ailleurs, l’incompétence et le manque de professionnalisme de la nouvelle direction ont semé le chaos. Dans une affaire concernant l’un de mes reportages, toute l’émission a failli ne pas passer à l’antenne, à 19 minutes près.
« À 60 Minutes, nous avons lutté plus que quiconque ne le sait pour sauver le programme qui est devenu une icône américaine. Nous le devions à nos millions de téléspectateurs. Je suis profondément touché par les milliers de messages nous encourageant à “continuer le bon combat”. La grande majorité des hommes et des femmes de CBS News est encore dans ce combat. Mais aujourd’hui, l’effondrement des valeurs au sommet est devenu insupportable. La direction de 60 Minutes n’est plus reconnaissable. Les principes qui me sont chers ont disparu, et je dois donc partir à mon tour. »
(Photo Getty Images)
Meanwhile, à la Maison Blanche, on sabre le champagne, pardon, le Coke Diet, et on continue à démolir la nation, brique par brique.
Bien dit !
Soit dit en passant, des rumeurs couraient selon lesquelles Donald Trump aurait été recruté par le KGB dans les années 1970 pour œuvrer à la chute des États-Unis. Ces rumeurs n’ayant pas été étayées, nous sommes passés à autre chose (ce qui contraste fortement avec la réaction qu’auraient eue les Républicains).
Cinq décennies plus tard, Trump agit indéniablement exactement comme on pourrait s’y attendre s’il exécutait réellement les ordres des Russes. Réfléchissez-y. Il divise davantage le peuple américain et isole les États-Unis de leurs alliés. Il met tout en œuvre pour faire s’effondrer l’économie occidentale. Il s’évertue à transformer les médias d’information américains en une machine de propagande. Il a fédéré autour de sa personne une secte d’adorateurs aveugles, plus qu’heureux de se faire les complices de ses efforts pour démanteler la démocratie et les garanties procédurales.
Je pourrais poursuivre ainsi *ad nauseam*, mais que Trump œuvre ou non intentionnellement pour le compte de la Russie, Vladimir Poutine doit être comblé au-delà de toute mesure par ce que Trump inflige aux États-Unis et à l’Occident.
DJT … code name au Kremlin … DONALDOVITCH PUTINOBITCH
J’ai un doute. Le KGB a certainement du «.kompromat » sur lui, mais il est trop bête et orgueilleux pour avoir été recruté. Il l’aurait clamé sur tous les toits! Bref, il est tout au plus un idiot utile.
Bannon, par contre, je le verrais bien en taupe russe. Il a longtemps contrôlé la marionette TOFU, et il a encore de l’influence. On pourrait aussi regarder derrière les grosses têtes qui ont pondu le projet 2025. Une marionette, c’est utile pour détourner l’attention, mais il faut des têtes pour travailler vers un but, ensemble ou séparément, même quand on ne leur dit pas exactement quoi faire.
@rogiroux : nom de code Krasnov
Il a été plus polis que je l’aurais été.
C’est clair comme de l’eau de roche que CBS est devenu un organe de propagande du culte trumpien. Comme beaucoup d’autres médias dont le propriétaire est à droite ou bien milliardaire soumis.
Une autre preuve s’il en est que les monopoles sont nocifs. En plus qu’ils ont à leur tête des dirigeants avides avec zéro imputabilité vis-à-vis leur société.
Détruire tout sur son passage c’est faire comme Yosemite Sam: un simple d’esprit et toujours « bamboozled » (déjoué) par Bugs Bunny. Espérons que les citoyens « Bugs Bunny » de ce pays réagissent à temps…
@MarcoUBCQ
Excellent parallèle ! 👌
Voleur un jour . voleur toujours . Il va continuer à poursuivre des médias pour s’enrichir et gonfler l’héritage qu’il va laisser à ses enfants.
Il faudra sans doute que ce peuple fasse preuve de beaucoup d’imagination et de résilience quand il sera temps de reconstruire le pays. Peut-être qu’il faudra une foultitude de nouveaux médias, nouvelles institutions, nouveaux commerces, et cetera, pour indiquer, symboliquement, que le pays est passé à autre chose.
NMN: Non-Maga-News?
Reconstruire ce pays avec près de 40% de la population qui à ce jour, continue de vénérer l’ordure qui les conduit à la banqueroute, autant économique que morale et diplomatique?
Bonne chance.
Moi je crois que la polarisation est devenue trop radicale. Faudra plus d’une génération pour que ça change. D’ici là, qui sait?
Je seconde Dekessey. Un jeune français (Max Laulom) a réalisé une série documentaire lorsqu’il est retourné en 2025 dans le patelin de l’Oklahoma où il avait fait une année d’études à l’école secondaire en 2015. Il a constaté que tous ses anciens camarades, sauf une fille, sont maintenant de jeunes trumpistes dans la mi-vingtaine, dont quelques-uns fortement radicalisés. Ce pays en souffrira longtemps.
Nouveaux partis politiques ! Nouvelle Constitution !
Poursuite en vue afin d’être certain qu’il ne reparlera plus contre CBS et de s’assurer qu’il ne retrouve plus d’emploi.
Ce n’est pas vraiment ce que j’appellerais une lettre où il se vide le cœur.
Mais je me joins à sa prière lorsqu’il dit:
« Je prie pour un jour où ces personnes et leurs intéressés seront de nouveaux honorés, un jour où le bon sens, la compétence et le courage reviendront. »
Trump a trouvé ses amis, les gens d’affaires puissants, les médias, le GAFAM, ils les tient en leur donnant des privilèges mais c’est du donnant-donnant.
C’est incroyable comment ces élites se sont écrasés face à Trump. On assiste à tout un revirement dans une démocratie qui n’en est qu’imitation.
Ce qui se passe à CBS est à l’image de ce que le blob orange fait avec les valeurs américaines démocratiques, on détruit tout pour mettre en place une oligarchie dirigée par un roi qui peut tout se permettre sans comptes à rendre à personne.
Putin fait des jaloux, Narcisse premier en tête de liste.
Chaque jour qui passe, Donald ressemble un peu plus à son ami Poutine dans sa façon de concevoir le pouvoir. Pour lui, les médias ne sont libres que lorsqu’ils applaudissent, les journalistes ne sont crédibles que lorsqu’ils se soumettent, et la vérité n’a de valeur que lorsqu’elle nourrit son ego démesuré.
L’histoire de Scott Pelley et de CBS News est un autre symptôme inquiétant de cette dérive autoritaire où les propriétaires de médias plient le genou devant le pouvoir politique pour protéger leurs intérêts financiers. Quand des journalistes expérimentés sont remplacés par des idéologues complaisants, quand des politiciens choisissent eux-mêmes les intervieweurs qui doivent les questionner, quand les faits vérifiés deviennent négociables selon les caprices de la Maison-Blanche, ce n’est plus du journalisme, c’est de la propagande.
Donald prétend défendre la liberté d’expression, mais comme tous les apprentis autocrates, il ne défend que sa propre liberté de parler sans être contredit. Quant à ceux qui persistent à se tenir debout, à enquêter et à dénoncer les abus, ils deviennent des ennemis à faire taire, à intimider ou à discréditer.
Une démocratie ne meurt pas seulement sous les coups d’un dictateur; elle s’éteint aussi lorsque les gardiens de l’information abandonnent leur indépendance pour acheter la tranquillité auprès du pouvoir. Et c’est précisément ce qui rend cette affaire si alarmante.
Avec cette administration (criminelle) et toute la racaille – milliardaires – qui l’entoure, nous sommes dans la médiocrité un bon mètre par-dessus la tête; on est en train de détruire ce pays tout en faisant une propagande hallucinante disant que les États-Unis sont plus jamais le meilleur pays, non pas du monde, mais de l’univers.
Suivant la fin de l’administration Trump à la Maison-Blanche, bonne chance pour rétablir les ponts avec le reste de la planète qui ont conclu qu’on ne peut plus faire confiance à ce pays: quel gâchis! 😭
Et devinez quoi? 35% la supporte toujours! Des gens qui auront passé TOUTE leur vie sans JAMAIS avoir réfléchi une seule fois. On est des automates, on nous dit quoi penser, quoi faire, pour qui voter et notre bonheur est total.
De plus en plus de gens parlent ouvertement du déclin – en accéléré sous Donald Trump – de ce qui fut un grand pays et le processus est irréversible; dans quelques décennies, quelque chose d’autre prendra la place.
Pour terminer, espérons que ces deux(2) mandats de Donald Trump auront été une leçon pour tout le monde: tu ne donnes pas un LE pouvoir à des esprits faibles, car le désastre va inévitablement s’ensuivre. 💣🔥
@Apocalypse
Et j’ajoute espérer que les républicains finissent par se trouver leur âme et une colonne vertébrale. Il est temps l’on soit au service du peuple et non d’un seul homme
Mon commentaire dans le billet précédent de Richard Hétu sur cette affaire :
https://richardhetu.com/2026/06/02/cbs-news-a-scott-pelley-tu-es-vire/comment-page-1/#comment-751015
Les commentaires de Scott Pelley viennent confirmer ce dont nous nous doutions.
CBS a décidé de larguer les journalistes trop consciencieux pour qui la recherche de la vérité est plus importante que des considérations d’ordre politique comme par exemple faire en sorte de ne pas déplaire à l’ESCROC de crainte de faire partie des victimes de ce qu’on peut qualifier de PURGE.
« 47 » a bien appris les leçons de son mentor (PUTIN) en matière de contrôle de l’information, de la censure, etc. Il travaille fort, utilise tous les outils à sa disposition pour réduire au silence ceux qui « osent » dire des vérités qui dérangent.
Voir les gens d’affaires, les propriétaires de ces médias s’écraser, sans réagir, comme des lavettes devant de tels abus de pouvoir lesquels sont en train de détruire les fondements même de la démocratie, a de quoi rendre songeur.
C’est une des raisons qui font que je suis devenu plutôt pessimiste face à l’avenir de ce pays.
Je ne veux pas parler de « guerre civile. mais je crains le pire si jamais les Républicains subissent une dégelée lors des « Mid Terms »
Il devrait partir avec sa gang vers un autre réseau et démarrer une émission s’appelant « 1 hour » ou « 3600 seconds ».
Fin r.enard ! 😅
Avec la nouvelle patronne, beaucoup de talent « weissted » (wasted, gaspillé)
« Je suis profondément touché par les milliers de messages nous encourageant à “continuer le bon combat”. La grande majorité des hommes et des femmes de CBS News est encore dans ce combat. » Dire aux autres de se battre étant facile. Je me demande ce que font les autres, je parle des américains, je ne suis pas sur le terrain mais vu d’ici il me semble qu’ils ne font pas assez. No king ça ne suffit pas et les élections de mi mandat y en aura pas, la Gestapo ( ICE ) du gros dictateur va faire le tri aux bureau de votes pour qu’il n’y ait pas de …tricheurs…Qui a hâte de devenir le 51 ième état de ce pays pourri ?
Les « No King Day » devraient parvenir à mobiliser non pas 8 à 9 millions de manifestants, mais plutôt au moins 30 à 40 millions de personnes, dont un bon 5 millions devant la Maison Blanche ( maintenant brune) pour avoir un réel impact.
Je sais, je rêve en couleur…🙄
HS « Faites ce que je dis et non ce que je fais » tout ça pour dire que le « D***** » dans un premier temps dit à « ses ennemis »: « Détendez vous et par la suite il s’énerve en traitant Benyamin Netanyahou de fou, mais ça s’explique le pauvre était perturbé.😉
« … M. Trump a confirmé qu’il avait utilisé à plusieurs reprises des jurons pour exprimer sa frustration lors d’un récent appel téléphonique avec M. Netanyahu au sujet de la campagne militaire d’Israël au Liban lorsqu’il a été interrogé sur un rapport d’Axios sur la conversation entre les deux hommes.
« J’étais un peu perturbé par ses combats constants avec le Liban »
Question, commentaire
Est ce que Trump fait ce qui s’est toujours fait mais en coulisse et avec moins d’excès?
C’est à dire que le politique s’ingère dans les affaires ne le concernant pas, ici dans les choix de programmations à l’antenne. Auparavant, y avait-il une coupure nette entre le politique et les médias comme dans l’émission 60 minutes ou selon le personnalité, les idéaux politique et principes de l’administration en place une plus grande liberté de choix était confiée aux animateurs, chroniqueurs?
Bref, devrait-on assister à une dissociation de toute influence politique par rapport à tout ce qui entoure la programmation à la télévision comme dans ce genre d’émission ou si cette influence extérieure a toujours été présente, mais dans une moindre mesure et de manière moins apparente ?