Le blogue de Richard Hétu

L'Amérique dans tous ses états

Je regardais le dernier débat démocrate mardi soir, assis dans un pub de Washington, entouré de partisans démocrates, quand ça m’a frappé d’un coup. Parmi l’assistance, on pouvait voir des t-shirts, des casquettes et des autocollants au nom des candidats. Beaucoup pour Bernie, plusieurs pour Warren et Pete 2020. J’ai même vu certains, plus discrets, «Amy for America». Mais pas un seul article de la campagne de Biden.

Dans le métro ou au gym, il m’arrive aussi de voir des articles à l’effigie des candidats. Mais, encore une fois, je n’ai jamais vu un seul soutenant Biden à Washington. Alors que je connais par coeur les slogans et que je reconnais facilement les visuels des campagnes de ses adversaires, je n’aurais pu décrire ces éléments pour celle de Biden.

Qui soutient donc l’ancien vice-président?

La question mérite qu’on s’y attarde. Surtout que lors du dernier débat, personne ne semblait réagir positivement autour de moi devant le message de Biden, même s’il reste en tête des sondages nationaux.

L’échantillon de mon pub de Washington n’était pas représentatif de quoi que ce soit : la foule est jeune, très blanche et visiblement très marquée à gauche.

Cette invisibilité représente tout de même un élément important de la campagne de Biden : il ne soulève pas les foules.

Ce n’est pas tout : Biden n’est pas en tête de la course au financement; il était troisième en matière de récolte d’argent, au dernier trimestre de 2019, derrière Sanders et Buttigieg, et était cinquième au trimestre précédent.

Mais pourquoi est-il toujours en tête des intentions de votes?

Plusieurs éléments.

Déjà, un sondage IPSOS/ The Washington Post, publié dimanche dernier, soulignait que 48% des démocrates afro-américains soutenaient Biden. Un long dossier du Washington Post tentait de percer le mystère de cette popularité, jugeant que sa longue expérience politique et son soutien à Barack Obama semblaient être des facteurs déterminants.

Ensuite, un sondage en Iowa, le premier État à tenir un scrutin dans la course à l’investiture démocrate, le 3 février prochain, donne Biden en tête, soulignant un soutien fort de la frange la moins libérale des démocrates. Il est important de signaler que la course y est serrée dans cet État, alors qu’un sondage publié quelques jours avant donnait le vice-président quatrième. Mais il semble avoir une capacité à attirer les centristes qui, eux, ne sont pas des supporteurs visibles.

Un troisième élément est sa capacité présumée à battre Trump en convainquant les «indépendants», même si plusieurs sondages soulignent que la procédure en destitution a peu à peu amenuisé cette foi qu’il saura mener les troupes vers une victoire électorale.

Finalement, une voisine de pub, partisane d’Amy Klobuchar, résume plutôt bien tous ces éléments, alors que les tensions entre Sanders et Warren durant le débat semblaient donner à Biden une image d’homme au-dessus de la mêlée. «Joe Biden n’a pas besoin de convaincre ou d’inspirer. Il a juste besoin de donner l’impression que tout redeviendra comme avant. Il ne défend pas un programme: il ne fait que lister ses accomplissements passés et défendre le statut quo d’avant Trump.» Pour elle, c’est le candidat des nostalgiques.

Elle n’est pas la seule à le penser. Pour les jeunes électeurs, pour qui Sanders reste le candidat le plus populaire, la déception est de plus en plus visible face à une campagne où tout ce qui compte est de battre Trump. Du moins, c’est ce que je ressentais hier soir. Et la dernière chose qu’a besoin les démocrates, c’est peut-être de perdre le soutien de ceux qui imaginent la politique comme quelque chose de plus que de battre le président sortant.

(Photo Olivia Nuzzi)

38 réflexions sur “Mais où sont les partisans de Biden?

  1. Dans des maisons de retraite?

  2. treblig dit :

    Biden est un centriste. Et le problème avec les centristes ( et modérés de surplus) c’ est qu’ils ne déclenchent pas les passions pour ou contre.

    Pour ce qui est de revenir comme avant ( Trump), je n’y crois pas vraiment. Restaurer les dégâts va prendre des décennies.

    1. Richard Desrochers dit :

      Revenir comme avant Trump, ça veut dire avoir à réparer les gaffes de l’administration précédente. Il faut bien que les vidanges passent.

    2. yolandgingras dit :

      Réparer, s.v.p.,pas restaurer!😱

  3. Henriette Latour dit :

    Je pense que les plus jeunes sont habitués à obtenir ce qu’ils veulent dans un temps record. Malheureusement, ça ne se passe pas comme ça dans la vie. À 20 ans, on est idéaliste mais la réalité nous rattrape.
    Avant d’avancer, les États-Unis devront reconstruire tout ce qui a été détruit par l’abruti en chef et ce, avant d’implanter des mesures de sociale-démocratie. Il faudra rebâtir les alliances, la confiance envers les institutions et seulement ensuite penser à doter leur pays de mesures permettant à un plus grand nombre de profiter de la richesse américaine.
    Les États-Unis ont 50 ans de retard, si ce n’est pas plus, et 50 ans ne se rattrapent pas en criant lapin.

  4. Biden représente à mon avis une sécurité. Il possède l’expérience nécessaire, il inspire confiance, il connaît les dirigeants de la planète ce qui pourrait l’aider à remettre de l’ordre dans ce qui est devenu un chaos. Probablement un choix raisonné, la tête y est mais pas le coeur..

    1. Madalton dit :

      Choix rassurant pour la transition vers 2024. Il a compris qu’il devait rester tranquille pour ne pas faire de gaffes. Il fait l’oeuf!

  5. _cameleon_ dit :

    Je crois qu’ils s’intéressent d’avantage a examiner la fascinante et subtile manière dont gèlent les bulles de savon lorsque on les soumet au gel, plutôt qu’au …

    How To Freeze Soap Bubbles

    1. Isadulac dit :

      Plus interessant que le mosus de feu de foyer dans l’écran de télé…. Surtout avec la petite musique jazzée.

  6. Richard Desrochers dit :

    Est-ce parce que le clan de Biden n’a pas beaucoup investi dans les colifichets ? Est-ce qu’il y en avait beaucoup qui n’affichaient rien du tout ? Est-ce parce que ses partisans veulent éviter la confrontation avec les partisans des autres candidats ? je pose ces questions en tout naïveté….

  7. Madalton dit :

    Biden est le genre de candidat pour lequel on s’identifie publiquement. Un bon gars low profile pour qui on va voter discrètement.

  8. Absalon dit :

    Vu d’outre-Atlantique, franchement, je n’en demande pas plus aux électeurs américains : débarrasser le monde de leur président sortant.
    Si c’est ce vieux monsieur pas très enthousiasmant qui peut le mieux garantir cette priorité, et bien va pour Biden.

  9. Martin cote dit :

    La clientèle des pubs est une clientèle qui s’identifie beaucoup à AOC qui a donné son appui a Bernie…Biden donné confiance d’une certaine façon et si comme il l’a dit, il donné un poste de prestige à Kamala Harris…fort probable la vice-presidence….il préparera la relève pour 2024 …tout en s’attirant le vote des afro-américains..

  10. Rachel Taillon dit :

    Peut-être que d’avoir son nom mentionné de façon négative pendant tout le processus d’impeachment de Trump ne l’a pas beaucoup aidé. Et là si les démocrates obtiennent les témoins qu’ils réclament , soyez certains que les républicains obtiendront le témoignage de Joe et Hunter Biden ce ne sera rien pour améliorer son image.

    1. Ziggy9361 dit :

      Salut Pacrette.

    2. gl000001 dit :

      Une chance que ça ne l’a pas aidé. Il est premier !

  11. Loufaf dit :

    Comme vous l’ avez mentionné dans votre billet, M. Boisvert, les centristes ne sont pas des supporteurs très visibles. Cependant, Biden projette une image rassurante et dans son discours, il veut unifier le pays profondément divisé, depuis l’ avènement de DT. A l’ international, son expérience lui permet de s ‘ allier avec les vrais pays  » amis » et non avec les dictatures, comme nous le voyons présentement. Mais, sera t’ il capable d’ affronter le gros despote qui a déjà commencé à salir sa réputation avec l’ affaire de l’ Ukraine, en le faisant passer pour un corrompu? Je ne sais pas, mais je l’ espère.

  12. Yolande C. dit :

    J’ai récemment rencontré un ancien collègue de travail qui fut naguère très politiquement impliqué.

    Il me racontait que pendant la campagne électorale de 1970 au Québec, il a fait des aller-retour de Saint-Hyacynthe à Montréal, Trois-rivières, Québec et même Rivière-du-Loup et Matane (!) pour assister aux discours de René Lévesque et des trénors du PQ.

    Il avait la foi de l’idéaliste et emplissait son auto de gens de son âge.

    Le soir du 29 avril 1970, me dit-il, nous attendions les résultats de la vistoire au local de Saint-Hyacinthe.

    Des «réchauffeurs de salle» venaient de temps à autres nous annoncer le résultat du raz-de-marée tant attendu, me dit-il, mais chose insolite, il y a une une panne de télé.

    Il se rappelle de cinq choses: la victoire de Claude Charron dans Saint-Jacques, de Robert Burns dans Maisonneuve, de Marc-André Bédard dans Chicoutimi et de Lucien Lessard dans Saguenay et bien sûr de la défaite de René Lévesque dans Laurier.

    Résultat final: 7 sièges et beaucoup de larmes.

    Il y avait bien un raz-de-marée, mais il était libéral; les gens, vu avec le recul, me dit-il encore, on sans tambours ni trompettes voté pour la sécurité.

    En 2018, il ne s’est pas affiché au cours de la campagne et est simplement allé voter seul.

    Joe Biden va beaucoup recueillir de votes de cette majorité plutôt invisible.

    On veut bien un peu de changement, mais pas trop quand même.

    J’ai moi-même vu le 30 octobre 1995 des souverainistes québécois voter NON pour simplement pas que le OUI ne l’emporte pas par une trop grosse marge et qu’ainsi les anglos ne soient pas trop humiliés !

    Cependant, pendant ce temps, Donald Trump réussit à rassembler d’immense foules et à faire sortir son vote le jour de l’élection.

    C’est peut-être simplement qu’il y a deux Amériques qui réagissent différemment.

    1. Ziggy9361 dit :

      Vous avez raison il y a maintenant deux Amériques je dirais même trois,celle au nod des Étatsunis et celle au sud des Étatsunis qui regarde leur puissant voisin qui était autrefois un motif de se réjouir d’étre sous le parapluie sécuritaire qu’il nous offrait. Maintenant il nous traite sans égard en remettant en cause un des traités des plus équilibré du monde ,promettant un mur au sud et des tarifs inutiles au nord qui ont affectés beaucoup de familles.L’Amérique du milieu fait dur et elle est détesté de plus en plus et si rien ne change elle sera ignoré par ses propres alliés qui en ont marre de ses jérémiades et ses remontrances pour qu’ils augmentent leurs budgets militaire pour pouvoir se servir d’eux pour maintenir leur hégémonie,c’est bien beau imprimé de l’argent mais un jour elle ne vaudra guère plus que le papier sur la quel elle est imprimé surtout si un jour l’idée ne lui viens pas de faire imprimé sa face sur celle-ci.

  13. Ziggy9361 dit :

    Une idée comme ça, au lieu de distribuer des casquettes rouges aux déplorables ,faire une distribution de food stamp dans les états rouge,distribuer des masques anti-poussière à l’entré des mines de charbon restantes pour avoir du monde lors de rassemblement promettre un deux litre de KIK cola à l’entrée et faire tiré des hotdog ketchup oignon cru.Succès assuré .

  14. Haïku dit :

    M.Boisvert
    Très bonnes observations de votre part. 👌

  15. Apocalypse dit :

    ‘… il (i.e. Joe Biden) ne soulève pas les foules.’

    What a surprise 😢.

    Si quelqu’un est excité par la candidature de M. Biden, cette personne sera sans doute excité par la vue d’un mur de briques.

    Tu parles d’une candidature dans la petite moyenne. Joe Biden ne doit sa place en tête qu’à une chose: ‘son association avec Barack Obama’. On l’écoute et tout ce qu’il dit est dans la petite moyenne, l’ordinaire.

    Par ailleurs, ne pas assumer que s’il représente les démocrates, la victoire en novembre est une garantie. Bien que tout ce que dit Donald Trump sur M. Biden et son fils est un tissu de mensonges, ça va laisser des traces et M. Trump va sans doute continuer si M. Biden est le choix des démocrates.

    Vraiment dommage que les démocrates n’aient pu présenter une brochette de candidat(e)s plus inspirantes dans tous les sens du mot.

    1. Madalton dit :

      Si elle avait 10 ans de moins, Pelosi mettrait Trump dans sa petite poche arrière si elle se présentait à la présidence.

  16. Apocalypse dit :

    Encore une fois M. Boisvert: excellent billet!

  17. gl000001 dit :

    « Papa a raison  » !

    1. Haïku dit :

      Bon rappel ! Ça jouait à la télé, avant ou après « L’heure des quilles » ?

    2. Yolande C. dit :

      EXCELLENT !

      1. Haïku dit :

        Merci ! Que de souvenirs. 👌

  18. RICK42 dit :

    M. Boisvert, les endroits que vous fréquentez sont probablement l’apanage des gens de gauche, un genre de Plateau à l’américaine… on y adore la gauche et on veut le montrer. Le bon peuple est plutôt centriste et ne veut pas se voir bousculer par des têtes à claques à la Sanders. Les gens veulent se débarrasser de la catastrophe ambulante qu’est Trump sans trop risquer de voir leur monde chambardé… Donc, Biden est leur homme!

  19. Joe Biden est, pour ceux qui s’en souviennent bien sûr, une sorte de Joe Clark du sud. Un bon gars, démocrate, bon père de famille, modéré, fiable, gaffeur à l’occasion. Rien pour susciter les enthousiasmes délirants. Reste à souhaiter qu’il puisse, s’il est choisi, durer plus longtemps que notre Joe qui, justement, a mal géré une situation minoritaire et s’est fait sortir. Heureusement, aux USA, un président même minoritaire ne peut être «sorti». Par contre il peut être sérieusement menotté s’il n’a pas la majorité dans les deux chambres.

    1. Yolande C. dit :

      @jeanfrancoiscouture

      En effet, c’est une très bonne comparaison.

      La jeunesse préfère les Pierre Trudeau, la rose ou l’oeillet à la boutonnière que les Robert Stanfield élevés dans une compagnie de caleçons.

      Stanfield, «le plus grand premier ministre que le Canada n’a jamais eu» et qui ne pouvait soulever les masses par ses discours ou son look, avait compris dès 1968 que le Canada était composé de deux nations et acceptait les conséquences de cette réalité.

      C’eut probablement été Meech 20 ans plus tôt.

      À l’époque pas si lointaine, on ne parlait pas de peuples autochtones.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Stanfield

      Le site de Wikipedia en anglais est beaucoup plus explicite :

      https://en.wikipedia.org/wiki/Robert_Stanfield

    2. Haïku dit :

      J’aime bien votre ironie ! 😉👌

      1. Haïku dit :

        Mon commentaire était à l’endroit de jeanfrancoiscouture. Mea culpa.

  20. P.B. dit :

    « Et la dernière chose qu’a besoin les démocrates, c’est peut-être de perdre le soutien de ceux qui imaginent la politique comme quelque chose de plus que de battre le président sortant. »

    Smells like 2016 …

    … all over again (comme disait Yogi Berra

  21. Gilles Morissette dit :

    Biden est rassurant. il se situe au « Centre  » de l’échiquier politique. Il est capable de rallier ces électeurs plus conservateurs qu’on a parfois tendance à oublier.

    Ils sont discrets, on ne les entend pas souvent, on ne les voit jamais ou presque manifester pour une cause, les médias ne s’intéressent pas à eux et disons le franchement, on les regarde parfois avec un certain mépris pour ne pas dire une certaine condescendance comme s’ils n’avaient aucune importance.

    Biden ne s’adresse pas aux élites intellectuelles, aux « pseudos spécialistes » ou aux bien-pensants qui se permettent de nous dispenser leur « morale à la con ». Sa clientèle se situe à un autre niveau.

    C’est l’Amédicain moyen qui regarde avec effroi, son pays s’enfoncer dans la médiocrité et le sectarisme sous la présente administration. Cet Américain aime le côté gaffeur » de Biden car il se reconnaît un peu dans lui. Il cherche quelqu’un qui saura redonner à son pays la stature et le respect qu,il suscitait il n’y a pas si longtemps.

    « Ceux qui imaginent que la politique comme quelque chose de plus que de battre le président sortant » devraient se rappeler que s’ils veulent vraiment changer des choses dans ce pays, ils doivent foutre dehors la fripouille qui est présentement assis dans le BO. C’est la première étape mais elle est essentielle.

    Ça ne sert à rien d’échaffauder de belles théories et de vouloir rebâtir une société si on ne se débarasse pas du « bois mort ». Agir autrement, serait du « pelletage de nuages » qui ne conduira nulle part comme ça arrive souvent chez les « petits intellos déconnectés de la réalité ».

    1. kelvinator dit :

      Les gens veulent simplement pouvoir parler de politique sans s’insulte, chose que les jeunes n’ont jamais connu, surtout lorsque l’on voit que leur candidat Sanders et Warren son populiste. Le parti démocrate a son Tes party, et les gens s’y oppose pour les mêmes raisons qu’en 2004 chez les républicains.

  22. kelvinator dit :

    Je suis convaincu que la majorité des électeurs est complètement écœuré du tribalisme négatif. Qu’une majorité veuille revenir à une politique moins partisane, dont Biden est le seul défenseur, semble être un élément très important ignoré par de nombreux analystes.

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