Le blogue de Richard Hétu

L'Amérique dans tous ses états

Les scandales de corruption municipale aux États-Unis sont aussi légendaires qu’effarants, de Buddy Cianci à Providence (Rhode Island) à Oscar Hernandez à Los Angeles. Récemment, une nouvelle vague de scandales frappe les municipalités. On a déjà parlé récemment de Baltimore, mais des histoires similaires frappent aussi Atlanta, Philadelphie et Chicago. Et des têtes tombent.

Washington fait exception. Ici, alors que les accusations s’accumulent contre le conseiller municipal Jack Evans (photo) depuis plusieurs mois, il est toujours en poste. Mais l’exception pourrait bientôt disparaître.

Jack Evans, à ne pas confondre avec son homonyme lutteur, est un vétéran de la politique du District de Columbia. Conseiller depuis 1991, il est l’élu de la Ward 2, la circonscription englobant les quartiers les plus chics de Washington, mais aussi le centre des affaires. En 2014, il avait fini 4e lors des primaires municipales, mais était en pole position pour les prochaines primaires de 2020.

Ça, s’était avant. Le mois dernier, le FBI a fait une descente à son domicile de Georgetown. Ce qu’on lui reproche : avoir reçu plusieurs faveurs en échange de services. Et ce n’est pas subtil. Il aurait obtenu des actions et des paiements d’une compagnie en échange d’un soutien à une législation favorable. On avait reproché à de multiples reprises à Jack Evans sa sollicitation directe d’entreprises contre des faveurs. Plusieurs courriels, écrits de sa main, circulent depuis des mois, soulignant à quel point l’homme agissant sans craintes de représailles. Il est fort probable que plus d’accusations ne soient déposées après l’enquête.

Déjà, Evans a annoncé sa démission du conseil d’administration de l’agence des transports le 20 juin dernier suite à une histoire de trafic d’influences : il avait reçu 50 000$ d’une compagnie de stationnement. Un fait important de cette histoire : ce sont les États voisins de Virginie et du Maryland qui avaient mis de la pression pour qu’une enquête soit faite. La commission d’éthique n’a retenu qu’une seule accusation contre lui, alors que l’enquête indépendante avait suggéré plusieurs violations.

La mairesse de Washington, Muriel Bowser continue de défendre son conseiller et allié. Sa justification: l’enquête de la commission d’éthique n’était pas transparente. Evans continue de prétendre qu’il n’a commis aucune erreur et que l’enquête de la commission d’éthique de l’agence de transport prouve son innocence. Il n’a pourtant pas nié les faits; il a juste déclaré vouloir offrir sa version.

Il est important de rappeler que, n’ayant pas de gouvernement au niveau de l’État, le niveau municipal du district de Columbia gère les infrastructures de la ville mais aussi les services normalement rendus par l’État : justice, éducation, santé. En somme, c’est beaucoup de pouvoir pour les élus municipaux à DC.

Et dans une ville dont le maire a toujours été démocrate et où 11 conseillers le sont aussi (contre 2 indépendants), on se demandait jusqu’à lundi quelle voix s’élèverait au sein du gouvernement municipal contre celle de Jack Evans. David Grosso a fourni une réponse, devenant le premier conseiller municipal à réclamer la démission d’Evans. Le lendemain, ses collèges lui ont emboîté le pas en retirant à Evans son rôle de président de la commission des Finances du Conseil municipal.

Le scandale n’est certes pas aussi tonitruant que celui qui avait englouti Marion Barry: il avait été ré-élu comme maire dans les années 1990 après avoir arrêté pour possession de crack.

Mais, alors que le FBI s’en mêle, cette affaire pourrait forcer un gros ménage dans une ville où il est devenu impossible d’ignorer l’impunité des membres du Conseil municipal. En attendant, Evans est toujours en poste. Mais pour combien de temps?

(Photo AP)

20 réflexions sur “Corruption municipale, façon Washington, DC

  1. Benton Fraser dit :

    Maudits démocrates…

    Si le conseil aurait été républicain, tous les conseillés l’auraient défendu bec et ongles!

    Leitmotiv républicain: Le parti avant l’éthique… avant toutes choses finalement!

    1. Henriette Latour dit :

      Benton Fraser

      👏😂

    2. gl000001 dit :

      « Le Parti avant toute chose. »
      Ca fait soviétique un peu ça. Da tovarichtch

      1. Benton Fraser dit :

        C’est un cercle vicieux où les extrêmes se rejoignent…

  2. quinlope dit :

    On dit que le poisson pourrit toujours par la tête.

    On sait où elle est. À moins que ce soit la queue!

  3. gl000001 dit :

    Donc Ford à Toronto ne fut pas le premier maire a sniffer du crack !
    Les USA sont toujours les meilleurs !!

    1. constella1 dit :

      gl000001
      👏👏😬

    2. Benton Fraser dit :

      Ford a été plus con… il s’est fait filmer!!!

      Mais c’est de famille….

    3. jaylowblow dit :

      Ford arrivait à « sniffer » du crack? Cet homme avait vraiment des talents hors du commun!

      1. Haïku dit :

        😉👌 !

      2. gl000001 dit :

        Ouais. « Fumer » peut-être. 😉 😉
        La drogue, c’est mal !!

  4. Superlulu dit :

    USA. The land of opportunities.
    Malheureusement, il y a trop d’opportunistes dans ce pays.

  5. Apocalypse dit :

    On aimerait qu’il y ait une justice et qu’on envoi ces s*lauds en prison. Il faut avoir du culot pour se présenter devant la population, dire qu’on veut servir, qu’on peut vous faire confiance et voilà qu’on aprpend que ces gens utilisent leur position pour leur bénéfice, leur porte-monnaie et pour leur petite, petite personne.

    C’est à se demander s’il n’y a pas de plus en plus de ces profiteurs de la population. Grand temps pour le système de Justice de faire sa job et de foutre ces voleurs en … prison.

  6. Gilles Morissette dit :

    Il est effectivement temps que le FBI s’en mêle et fasse le ménage car ce qui se passe dans certaines villes américaines, en terme de corruption, est troublant.

    Un salopard est un salopard qu’il soit démocrate ou républicain. Il doit rendre des comptes et assumer les conséquences de ses actions.

  7. Layla3553 dit :

    «  Il n’a pourtant pas nié les faits; il a juste déclaré vouloir offrir sa version. »

    C’est quoi sa possible version?

    « si ce n’est pas ce serait un autre, alors aussi bien que ce soit moi qui accepte les pots-de-vin »

    1. gl000001 dit :

      Sa version : un pot-de-vin n’est pas un pot-de-vin. Une influence n’est pas un influence. Répétez pour « échange de service », « faveur » et « sollicitation ».
      😉

      1. Haïku dit :

        @Layla
        @gl000001
        👏👏👏

  8. jeanfrancoiscouture dit :

    @Apocalypse,13:17: «Il faut avoir du culot pour se présenter devant la population, dire qu’on veut servir, qu’on peut vous faire confiance….»

    La «confiance»!! Là est la question. Vous avez certainement déjà entendu l’expression «con artist», un dérivé de « Confidence trick, an attempt to defraud a person or group after first gaining their confidence, used in the classical sense of trust……»

    Si tous les malfrats ressemblaient à Long John Silver du roman «Treasure Island», on les reconnaîtrait sans peine avec leur tricorne noir sur la tête, leur pilon en guise de jambe de bois, leur œil masqué et leur perroquet sur l’épaule.. Malheureusement (ou heureusement) la vie n’est pas un roman de Robert-Louis Stevenson et voilà pour quoi on entend si souvent cette phrase des voisins ou des badauds quand un criminel est démasqué: «Pourtant, il avait l’air d’un bon gars.»
    Mais bien sûr qu’il en avait l’air. Cela fait partie de l’arsenal des «con artists», avoir «une bonne tête d’honnête homme» comme Sam le Fermier de la bande à Joss Jamon dans Lucky Luke., .

    1. jeanfrancoiscouture dit :

      J’avais oublié de joindre le lien pour L-J. Silver.
      https://en.wikipedia.org/wiki/Long_John_Silver

    2. Haïku dit :

      jeanfrancoiscouture
      Excellent. Merci !

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