Le blogue de Richard Hétu

L'Amérique dans tous ses états

J’écoutais mardi le plus récent épisode du balado Hacks on Tap. Y participaient trois anciens stratèges, dont un ancien républicain, et le sondeur démocrate qui a préparé le baromètre bipartite publiée le weekend dernier par le Wall Street Journal. Tant les anciens stratèges – David Axelrod, Mike Murphy et David Plouffe – que le sondeur – John Anzalone – croient aux chances des démocrates de conquérir la majorité des sièges de la Chambre des représentants et du Sénat.

Certains observateurs aguerris de la politique américaine, dont Tim Miller et Sarah Longwell, deux anciens stratèges républicains devenus anti-Trump, prédisent avec confiance un gain net de cinq sièges des démocrates au Sénat, ce qui leur assurerait la majorité. Tous s’appuient en partie sur les sondages, dont certains favorisent les démocrates en Ohio, en Iowa et au Michigan, entre autres champs de bataille.

J’avoue que leurs commentaires me donnent une impression de déjà-vu. Il est vrai que d’autres données donnent à croire que les démocrates feront bien le 3 novembre, notamment les résultats des élections spéciales depuis 2024 et la participation des démocrates aux primaires, qui a été généralement plus forte que celle des républicains dans les États clés, signe d’un plus grand enthousiasme.

Mais le gourou des données de CNN, Harry Enten, s’est demandé ce mercredi si les sondages ne sous-estimaient pas de nouveau les républicains dans l’Ohio, l’Iowa et le Michigan, entre autres. Dans ces trois États, le GOP a fait au moins 5 points de mieux en 2024 que ce que donnaient les sondages à ce stade de la campagne. Même scénario lors des premières élections de mi-mandat de Trump.

Les prédictions des experts mentionnés au début de ce billet se matérialiseront peut-être. Mais votre serviteur n’est pas prêt à les endosser.

P.S. : Dans une de ses plus récentes infolettres, Dan Pfeiffer, ancien directeur des communications de la Maison-Blanche sous Barack Obama, répond à une version de la question qui coiffe ce billet. Un extrait : « Les sondages des élections de mi-mandat ont […] tendance à être plus précis que ceux des années de présidentielle. Ils ont été historiquement précis en 2018 et en 2022. Je sais que tout le monde pense qu’ils se sont trompés en 2022 parce que la “vague rouge” ne s’est jamais matérialisée, mais les sondages avaient raison. La moyenne finale du vote générique (generic ballot) donnait les républicains en tête de 2,5 points, et le résultat a été de 2,7 points en leur faveur.

« Les sondages de mi-mandat sont plus précis parce que l’électorat compte moins d’électeurs peu engagés politiquement, qui ont tendance à ne pas répondre aux sondages. Ces dernières années, ces électeurs ont penché très nettement en faveur de Trump. Ils ont été sous-échantillonnés en 2016 et en 2020, mais comme ils votent moins lors des élections de mi-mandat, les sondages tendent à être plus justes. »

(Photo AFP/Getty Images)

12 réflexions sur “Élections de mi-mandat : peut-on se fier aux sondages ?”

  1. M Beauregard dit :

    On a beau lire les commentaires tous les jours mais le monde du Sud qui doivent aller voter. On verra la tricherie du gourou d’ici là.

  2. Duduche dit :

    Si les sondages se trompent, je souhaite que c’est en sous-estimant la motivation pro-démocrate (ou anti-MAGA).

    Si les Démocrates ne progressent pas, soit c’est que les MAGAnés auront triché soit que les USiens sont encore plus niais qu’ils le paraissent depuis 2024 (voire 2015).

    1. Dekessey dit :

      Je choisis sans hésiter la 2e hypothèse.

  3. ghislain1957 dit :

    « Il est vrai que d’autres données donnent à croire que les démocrates feront bien le 3 novembre… »

    En autant que les électeurs démocrates se bougent le derrière pour aller voter, oui ça pourrait être possible.

  4. On ne peut accorder confiance aux sondages que s’ils se font état par état, sinon comté par comté. Les victoires se font au niveau local. Et le gerrymandering ne facilite pas les choses.

  5. Francine dit :

    Se pourrait il qu’il y ait un peu de panique dans le clan du gros jaune: les prédictions de ce dernier selon laquelle le Canada va enlever tous les tarifs et demander pardon d’ici 3 a 4 semaines, que Navarro menace les lobbyistes canadiens de ne pas s’ingérer dans les mid terms. Bon il n’y a pas que le Canada qui entre dans l’équation mais le gros jaune a besoin d’une bonne nouvelle. Bon il vient d’annoncer un investissement de la Corée du Sud dans un projet de GNL en Alaska. Le financement n’est pas encore bouclé…

    1. Quand on lui a dit que DT avait dit que le Canada allait demander pardon, Carney a répondu par un rire non feint.

      1. C’est pourquoi DT dit que c’est un pas feint.

  6. Rob dit :

    Le nouveau gerrymandering va probablement donner 8 à 12 nouveaux sièges aux Républicains. Et le Sénat risque d’être encore Républicains. Je ne sais pas pourquoi le Sénat est mathématiquement si difficile à remporter pour les démocrates. Il faudrait que je pose la question à IA. Enfin, je ne retiens pas mon souffle, je ne serai pas surpris si les Républicains conservent les deux chambres. C’est fort possible, les américains sont tellement racistes, égoïstes et stupides.

    1. gl000001 dit :

      « pourquoi le Sénat est mathématiquement si difficile à remporter »
      A cause du collège électoral et du gerrymandering républicain !!

      1. MarcB dit :

        Pour le sénat, on ne peut pas blâmer le collège électoral ou le gerrymandering, les élections se font par états, à pluralité des votes.

        Par contre, on pourrait blâmer la disproportion des tailles des états. La Californie, deux sénateurs, a autant d’électeurs que les 22 états les moins populeux, 44 sénateurs. Dans un sens, c’est un gerrymandering.

  7. POLITICON dit :

    Je partage la prudence de M. Hétu, mais je crois qu’il faut pousser le doute encore un peu plus loin. Si les républicains ont systématiquement été sous-estimés d’au moins cinq points dans les sondages de septembre en Ohio, en Iowa et au Michigan lors des derniers cycles, il serait assez téméraire de regarder les sondages actuels comme s’ils étaient une photographie fidèle du vote du 3 novembre. Harry Enten vient justement de rappeler que le GOP avait dépassé les sondages de septembre de 9 points en Iowa, de 6 en Ohio et de 5 au Michigan en 2024. Et le phénomène ne date pas d’hier : en 2018, les écarts étaient encore de 6, 6 et 8 points.

    Il y a surtout une autre réalité que le fameux « generic ballot » ne peut pas cacher : aux États-Unis, on ne gagne pas le Congrès avec une moyenne nationale. On gagne des circonscriptions et des États, avec leurs cartes électorales, leurs particularités locales et leur niveau de participation. Or le redécoupage effectué dans plusieurs États a renforcé l’avantage structurel républicain à la Chambre. Certaines analyses estiment même que les démocrates doivent maintenant dépasser leur performance de 2024 d’environ cinq points pour reprendre la majorité. Une « vague bleue » sur le papier peut donc très bien se transformer en petite ondée une fois passée dans le broyeur du gerrymandering.

    Et c’est là que je me méfie le plus du scénario trop confortable pour les démocrates. Le vote MAGA n’a pas disparu. Une partie peut être déçue, une autre peut rester chez elle, mais une autre demeure suffisamment motivée par la peur des démocrates pour aller voter contre eux. La véritable bataille ne sera donc pas de convertir miraculeusement les irréductibles de MAGA : elle sera de faire sortir les électeurs démocrates en nombre suffisant pour que leur avance dans les sondages survive aux erreurs d’échantillonnage, aux cartes électorales et à la participation réelle. Les démocrates peuvent avoir raison dans les sondages et perdre dans les urnes. Parce qu’aux États-Unis, le problème n’est pas seulement de savoir qui est en tête : c’est de savoir qui se présentera devant l’urne quand le sondage, lui, sera déjà mort.

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