
Arrivé à La Presse en mars 1984 à l’âge de 21 ans, je découvre rapidement l’un des plus grands privilèges de ma nouvelle situation, qui nécessite que je me pince toutes les cinq minutes pour m’assurer que je ne rêve pas : je peux lire Pierre Foglia avant tout le monde. C’est l’époque où La Presse publie encore deux éditions, la première arrivant vers 22 h 30 sur les bureaux de la section des Sports, où je traduis des dépêches. En ouvrant à la page 5 le journal dont l’encre est à peine séchée, je me plonge aussitôt dans une autre chronique de Foglia, qui ne semble jamais rater la cible.
Parfois, Foglia est assis non loin de la section des Sports, parmi les journalistes de la section Économie, dont Frédérick Wagnière, celui qu’il surnomme « le suave Helvète » dans ses chroniques et qui est tout son contraire avec ses costumes-cravates. Je l’entends lire sa chronique à voix haute (mais pas trop), pour s’assurer que le rythme est bon, que tout coule, comme le faisait Flaubert.
Les souvenirs se bousculent dans ma tête au sujet de ce géant du journalisme qui pouvait tout faire et tout écrire mieux que quiconque. Un de mes plus précieux se rapporte à cette époque où je travaillais encore aux Sports. Pour une raison ou une autre, Foglia n’avait pu envoyer une de ses chroniques sur le sprinter canadien Ben Johnson aux Jeux d’été de Séoul. Il me l’avait dictée au téléphone. Servir un grand maître comme lui m’avait paru alors le plus grand de tous les privilèges que La Presse m’avait offerts jusque-là.
Adieu Foglia. Repose en paix.
(Photo La Presse)
❤️
Ce Grand Foglia….
Une fois le journal en main, c’était la première recherche…. Lire Foglia et ensuite le reste….
Salut, mon vieux.
Même chose pour moi
Dans le mille , tel Foglia.
Un autre article de la presse lui rendant hommage.
Cette fois de Alexandre Pratt
Pierre aimait la course : https://lp.ca/n62gMH?sharing=true
Le vide de la A5 est encore grand…
moi aussi je le lisais il nous amenait avec lui dans ses rêveries je m ennuie de ses écrits depuis sa retraite
Et moi je suis arrivé à La presse juste un peu après la fameuse grève. On est dans les années 73-75. Service aux abonnés, personnels et commerciaux. L’époque où tout se faisait à la main. L’informatique est venu après mais pas assez de serveurs pour tous. L’époque où La Presse remplissait un Boeing pour ses camelots qui trouvaient 50 nouveaux abonnés. L’époque où quand tu commençais ta journée avec un retard de livraison de 2 heures, mettons que ça devenait vite généralisé et les téléphones ne dérougissaient pas. Puis est venu la fusion avec Le Montréal Matin. Comme emploi d’étudiant : $12.50 de l’heure avec 1 heure 30 pour dîner! Wow.
Foglia est ses chats et ses vélos. Il avait l’art de dire les choses justes avec la dose parfaite de décapant. Un délice intellectuel que ses articles. Un accroc à ses articles, ceux que lisaient en premier. C’est avec un regret immense que sa retraite a laissé. Un trou, un vide. Résidant de St Armand, tu pouvais le croiser régulièrement si tu étais dans le coin comme moi.
Repose en paix et que ceux qui t’ont connus portent désormais la flamme.
Merci d’avoir partagé ce souvenir. Je me souviens de vous aux sports. J’arrive pas à y croire. Foglia est mort. J’ai tellement espéré une chronique de lui sur les temps que nous vivons. Vous avez pas idée de ma tristesse.
En effet, je ne le cache pas, je vivais à Québec et j’achetais la Presse d’abord pour lire l’article de Fogla.
Je n’ai jamais été un lecteur de Foglia. Je me demande bien pourquoi je suis passé à coté de ça. J’ai depuis longtemps le sentiment que j’ai malheureusement manqué quelque chose d’unique.
Aux archives mon ami, aux archives 👍
Comme bien d’autres, moi aussi je commençais par lire sa chronique et je me suis demandée comment je réussirais à me passer de lui lorsqu’il a annoncé sa retraite.
Mais il m’avait un peu déçue suite à sa demande de lui envoyer les titres de nos 10 livres préférés.
Dans mes mots, il disait que ceux qui avaient répondu le faisaient seulement pour montrer leur culture.
J’avais trouvé ça poche de sa part, incapable de reconnaître que l’idée était intéressante et pouvait faire découvrir de nouveaux titres à ses lecteurs.
Mais bon, Foglia étant Foglia, il est irremplaçable😢
Moi aussi, j’ai trouvé sa dernière chronique un peu dry, sans le piquant dont il nous avait habitué. Un bien drôle d’adieu qui laissait place à des répliques. Et bien non. Ca finissait ainsi.
@ marie4poches4
Je n’ai manqué aucunes de ses chroniques dans les éditions de La Presse du jeudi et du samedi. Que de pures et trop courts délices littéraires.
J’ai toujours été déçu qu’il ne se présente pas en politique pour défendre nos convictions indépendantistes communes. Je crois qu’il aurait eût un énorme impact sur l’issue du dernier référendum.
Je t’aime Pierre.
Foglia avec ses chats, ses vélos et sa fiancée…….
Quand j’ouvrais La Presse, c’était plus fort que moi j’allais tout de suite à la chronique de Foglia.
J’aimais les sujets qu’il abordait et surtout son regard bien personnel sur la vie.
Un regard humain, quelquefois sévère mais toujours franc et honnête.
Il ne prenait pas quatre chemins pour dire ce qu’il pensait et personnellement j’adorais.
Pour moi c’était un vent d’air frais qui culbutait toutes les conventions de notre éducation québécoise très polie et retenue.
Je lui écrivais quelquefois pour réagir à une de ses chroniques et je crois me souvenir qu’il
consacrait de temps en temps une chronique pour répondre à ses lecteurs.
Une fois je suis passée devant sa maison et je l’ai vu travailler dans son jardin. J’aurais aimé aller le saluer mais je n’ai pas osé. C’est un peu ça la retenue québécoise, surtout pour les femmes.
Bon voyage Foglia !
Je suis si triste de cette nouvelle. Chaque chronique de Pierre Foglia était un bonheur pour moi, il ‘faisait’ ma journée comme on dit. Oui, vraiment irremplaçable
Dans la ville de Québec, Foglia était moins connu car La Presse imprimée était plutôt un journal montréalais, alors que la capitale avait d’autres quotidiens à se mettre sous les yeux.
Mais je trouve votre témoignage inspirant et il traduit bien votre admiration pour ce journaliste! Un grand talent pour écrire, décrire et témoigner de notre société…
J’étudiais à l’UQÀM quand j’ai découvert Pierre Foglia. Il était devenu un incontournable les mercredis et samedis. Il avait peur du cancer du côlon. J’étais amoureux de sa fiancée. Quand la sage-femme l’a mis au monde, elle a dit que le petit irait loin parce qu’il avait de grands pieds. Plus tard, je lisais pour mes élèves les textes de Foglia. J’ai aimé lire les chroniques de ce grand homme.
Pierre, ma fiancée t’envoie un bisou, mon vieux! Merci!
HS
Bove a été confirmé juge fédéral à vie pour la cour d’appel du 3e circuit.
Shit de merde !
Mauvaise nouvelle !!!
J’ai lu récemment, qu’Alito pourrait se retirer avant les midterms pour laisser sa place à Bove au cas où les démocrates aurait la majorité au sénat à compter de janvier 2027.
Il me semble que ça fait longtemps qu’on parle de remplacer Alito. Peut-être attendaient-ils la bonne personne.
Puis viendra le tour de Thomas…
Bove et Cannon feraient l’affaire…
Cannon, il ne faut pas exagérer.
Lire les chroniques de Pierre Foglia était un des mes passe temps préféré. Il parlait de tout, de la vie, avec ses hauts et se bas. Il avait la plume acérée lorsqu’il s’agissait de dénoncer la connerie, les injustices, les fourberies de certains politiciens.
Le Québec vient de perdre un grand penseur. On s’ennuie de ses chroniques décapantes, irrévérencieuses mais pleine d’humanité.
R.I.P. Pierre Foglia.
Comme tout le monde je commençais en lisant Foglia. Tranquille les samedis et sur le pouce entre deux cafés les matins de semaine.
Je lui en ai toujours un peu voulu d’avoir arrêté d’écrire. Il aurait pu nous balancer une chronique une fois de temps en temps. Une fois aux deux semaines. Il me semble que ce n’était pas trop demandé.
Il ne pouvait pas nous laisser comme ça.
Comme disait Bukowski à propos de l’écriture.
‘ and if you have been chosen,
it will do it by
itself and it will keep on doing it
until you die or it dies in you’.
Foglia c’était un élu. La plume que tout le monde aurait voulu avoir.
Autant de qualité et de quantité c’est exceptionnel. Dans pratiquement chacune de ses chroniques il y avait au moins une phrase ou un paragraphe qui était de niveau littéraire. Qui aurait pu se retrouver dans un grand roman auteur sans aucune modifications.
HS
Un séisme de magnitude 8.7 sur kes côtes russes.
Alerte au tsunami dans l’ouest du Pacifique, notamment à Hawaii, en Alaska et au Japon.
Moi je pense que Foglia a piqué une colère en rencontrant Dieu et la chicane a pogné tellement fort que la terre a tremblé 🤪
@ marie4poches4
Moi je crois que Foglia a piqué une colère lorsqu’il s’est finalement rendu compte que dieu n’existait pas.
Foglia ne croyait pas en Dieu.
L’alerte est aussi émise pour toute la côte ouest des USA.
Deux catastrophes en quelques minutes. La confirmation de Bove et le tremblement de terre avec une alerte au tsunami du Japon à la côte ouest de l’Amérique du Nord.
Cette nouvelle de Bose m’a complètement achevée
C’est terminé pour eux!!!
Si ce gars devient juge de la CS ,leur démocratie sera vraiment terminée
Et probablement qu’elle mourra de toute façon avant que ça se produise
Il va faire tellement mais tellement de dommage !!!
J’espérais que les répugnants ne le confirment pas
Mais c’était bien naïf de ma part
Je n’en reviens juste pas
Toutes les planètes semblent s’aligner toujours pour que la mort l’emporte
RE: Pierre Foglia….
Jadis, je lui ai envoyé une lettre.
Il a sagement choisi de ne pas répondre à un idiot comme moi.
R.I.P. Pierre Foglia 🙏🤎
Ainsi qu’à Pierre Lavallée AKA Papitibi.
Coïncidence, je suis aussi un Pierre, ainsi que Ziggy9361.
Un bon site pour revisiter ses chroniques. Je ne sais pas qui en sont à l’origine mais il y a beaucoup de stock.
D’ailleurs La Presse dort au gaz là-dessus. Les archives de Foglia devrai être facilement accessibles sur leur site.
https://www.alainetmariejo.xyz/foglia.html
renaud
J’ai eu le bonheur de cliquer sur la référence que vous avez ajoutée à votre commentaire.
Je me suis dit, je vais lire juste une chronique et je continuerai demain.
Ça fait une heure que je lis et je ne m’en lasse pas mais voilà que je ne m’endors plus.
Merci quand même renaud ! 🤪
Hehe, effectivement quand on commence ça peut durer longtemps. En général ce sont nos yeux qui finissent par flancher.
Wow! Merci. Je croyais qu’une telle chose était impossible, vu les droits d’auteur.
Coucou! Est-ce que ton courriel fonctionne?
Ce film me fait ÉNORMÉMENT ÉNORMÉMENT penser à Pierre Foglia:
https://bsky.app/profile/lucieluck.bsky.social/post/3lv57zmpdxs27
Vous me manquez Foglia❗️
En passant, devait-on prononcer son nom FoGlia ou « Folia » avec le « G » muet ⁉️ Je crois me rappeler qu’il avait tenté de corriger ça dans l’une de ses chroniques … sans succès 😉
Il parait qu’en italien, le g ne se prononce pas
Merci.
J’aurais dû spécifier que le G ne se prononce pas avant un L
J’ai travaillé avec Pierre. Il disait de prononcer FOLIA.
Merci monsieur Brosseau et à tous ceux et celles qui ont répondu à mon appel. Voici une confirmation d’un proche ami :
« Il ne disait pas au monde quoi penser, ajoute aussi Daniel Lemay. Je ne l’ai jamais entendu dire à quelqu’un qu’on ne prononce pas le “g” dans son nom. »
https://www.lapresse.ca/actualites/2025-07-29/pierre-foglia-1940-2025/pierre-nous-racontait-la-vie-comme-jamais-on-nous-l-avait-racontee.
Foglia, tu me manques depuis plusieurs années avec tes chroniques sans pareilles. C’était toujours ce que je lisais en premier.
Mes sincères condoléances à sa famille.
Vers 73-74, Jean-Maurice Bailly, grand admirateur du jeune Foglia, lisait régulièrement dans le cadre de son émission radiophonique en fin de soirée (à toi Jean-Maurice) ses articles parus le matin. Bailly commentait pratiquement chaque paragraphe et assortissait sa lecture de « oh » et de « ah » bien sentis avant de conclure par un rire sonore !
L’étudiant que j’étais rigolait autant par l’enthousiasme de l’animateur que par les textes acidulés du grand Foglia.
Disons que le coach des Sabres de Buffalo en avait pris pour son rhume à quelques occasions. Le hockey de ces années-là étant le fait de réactionnaires « on ne peut plus primaires ». Dans le temps, on faisait respirer des sels d’ammoniaque aux joueurs qui étaient assommés !! Ce qui risquait d’empirer leur état puisqu’ils secouaient vigoureusement la tête par réflexe.
N.B. J.M. Bailly avait perdu son emploi à la soirée du hockey à la fin des années 60 parce qu’il s’était montré trop critique à l’endroit de l’organisation des Canadiens.
P.S. J’aimais, avec quelques réserves, les incontournables chroniques de Pierre Foglia (années 79 et suite), car il me semblait trop critique envers les jeunes artistes. Notamment, féministe de la première heure, il avait été cinglant envers Diane Tell et sa chanson « Si j’étais un homme ». Et pourtant, les qualités musicales de la jeune dame enchantaient les oreilles.
Il a assurément marqué l’histoire culturelle du Québec.
————–
Foglia …
Intelligent, pertinent, incisif, déplaisant …
Déplaisant dans la manière la plus noble, bien sûr par sa façon de sortir le lectorat
de son confort apathique, de ses illusions mais aussi des lieux communs.
Il savait aborder les angles mort, la ou se cachent les malaises, la honte et la
lâcheté.
Je ne partageait pas toujours ses opinions mais je respectait hautement la
manière dont il les partageait … parce que oui, il partageait son érudition, sa pensé
libre, son sens de l’analyse cinglant.
@Carl Poulin – 21:36
« @ marie4poches4
Moi je crois que Foglia a piqué une colère lorsqu’il s’est finalement rendu compte que dieu n’existait pas. »
Est-ce que M. Foglia avait expliqué le raisonnement lui ayant permis d’arriver à cette conclusion?
Je peux vivre avec quelqu’un qui me dit qu’il ne « croit » pas que Dieu existe, mais si quelqu’un me dit péremptoirement que Dieu n’existe pas, alors je vais lui demander de le prouver. 😊
Dieu n’existe pas car personne n’a prouvé son existence. Voila !! 😉
Un autre qui nous quitte! 😥
Je me rappelle l’avoir lu plusieurs fois et je l’aimais bien; un homme sérieusement intelligent. Le QI moyen au Paradis – où il a sans aucun doute atterri – vient de gagner quelques points, sinon plusieurs.
R.I.P. Pierre Foglia! 🙏
« On se ruait sur ses chroniques, parce qu’on savait qu’elles nous feraient rire, pleurer, réfléchir ou désespérer de l’humanité. Rager, aussi, par moments. On lui pardonnait tout. »
Isabelle Hachey
Bon vent, mon vieux | La Presse https://share.google/WLXxb5FXUIwEkSDPO
HS,
Pause musicale chaleureuse en fin de soirée;
Jeff Beck/ »Goodbye Pork Pie Hat »:
*https://youtu.be/X5OT7f5hetM?si=0F-si8PbXF4rS6G6
Perfection !
Quel virtuose…
Merci Haïku.
Gracias !
Ce que j’aimais chez-lui c’était cet esprit si vif
Et il avait beaucoup d’esprit
J’aimais bcp son humour
Et il parlait effectivement de maladie et quelle maladie l’emporterait
De quoi vais-je mourir …
Voici un extrait délicieux d’un article ici
Depuis des années, je me lève le matin en me demandant quel cancer va me tuer, je les ai tous passés, même celui du sein, quoique le matin, j’ai plutôt le cancer du cerveau, la nuit, celui de la vessie, le soir, je me porte relativement bien, sauf que ce soir-là de la semaine dernière, j’ai appelé mon ami X, je l’appelle souvent, un peu machinalement, je dois dire, sans rien de spécial à lui dire, sa voix soudain au bout du fil m’a sorti de ma rêverie, j’ai dit: ah c’est toi!
Ben oui c’est moi, tu m’appelles, je réponds, c’est formidable, non? Qu’est-ce que tu veux?
Je ne me souviens plus.
T’es alzheimer ou quoi?
Clac, je lui ai raccroché au nez. Comme si c’était pas assez, le cancer, j’ai été alzheimer toute la fin de semaine dernière que j’ai passée à essayer de me souvenir de trucs comme le nom de mes neuf chats que je me récitais à toute vitesse, le nom de mes 274 confrères à La Presse, le nom de toutes mes fiancées avant celle-ci, Thérèse, Berthe, Roberte, Gilberte…
À quoi tu penses? m’a demandé ma fiancée qui me voyait concentré.
À toi, mon amour, c’est pas la Saint-Valentin aujourd’hui?
C’était hier.
La Presse
15 février 2012
:o)
Merci Constella…excellent choix !
MarieFrancineF
🙂
Superbe ! 👌
Je ne me souviens pas quand j’ai découvert Foglia, sans doute au secondaire. Par contre, je me souviens très bien quand j’ai compris pourquoi j’aimais tant ses chroniques…
Un cours de français sur la poésie au cegep. On étudie Miron, Nelligan, Maupassant, etc, et Foglia !
Le maître du mot-valise qui nous mettait K-O. La formule mordante et efficace. Je me souviendrai toujours de l’un de ces mots : la majorité silenchieuse… encore d’actualité.
Merci pour tout et bon voyage… on donnera un coup de pédale à votre mémoire !
À l’époque de la Presse en papier, j’achetais ce journal trois fois par semaine, vous l’aurez deviné, le jours où il y avait une chronique de Pierre Foglia… et je vérifiais: si la chronique n’y était pas, je n’achetais pas ce journal…
Je n’ai pu résister à l’envie de recopier ici un petit texte de Pierre Foglia, destiné à tout ceux qui s’en ennuient et qui pensent à lui.
Extrait du livre, Le tour de Foglia et chroniques françaises, publié par Vélo Mag et Les Éditions La Presse, Montréal, 2004, page 255 :
« ÉPITAPHE
« Bayonne, 24 juillet 2003 — J’ai beaucoup pédalé dans ma vie. Jamais très vite, mais je suis un tenace, j’aime me vanter d’avoir monté le Glandon, l’Alpe d’Huez, le Passo di Campogrosso, en Vénétie, la Croce Domini. Jusqu’à hier, je voulais qu’on écrive sur ma tombe : « C’était pas un athlète, mais un jour, il a monté l’Aubisque sur la 42 x 20. » J’ai changé d’idée, je veux maintenant qu’on écrive sur ma tombe : « Un jour, il a monté Luz-Ardiden, EN AUTO, quatre heures avant le Tour de France, au milieu de 300,000 cyclistes de merde, éparpillés sur les 14 kilomètres de lacets, des pelotons entiers, des clubs de cyclos, des familles, le papa qui pousse la petite fille la main dans le dos, des gros apoplectiques tout congestionnés qui ne veulent pas mettre pied à terre, des Allemandes à gros cul sur des vélos de ville, des Néo-Zélandais qui montent à un train d’enfer, des tandems, des mémés boudinées dans leur cuissard qui zigzaguent à travers la route, 300,000 cyclistes, si c’est pas 2 millions, et il n’en a pas tué un seul, c’était pas l’envie qui lui manquait, sacrament ! »
Après ÉPITAPHE, il y a ÉPITAPHE (BIS), tout aussi savoureux.
Repose en paix, Pierre Foglia (1940-2025)
Je viens d’écouter les commentaires de Jean-François Lépine et de Réjean Tremblay à Radio-Canada, en compagnie d’Azeb Wolde-Giorghis — qui mériterait bien de tenir le Téléjournal de façon permanente.
Pierre Foglia réussit ce rare exploit de faire l’unanimité : il rassemble les hommages de deux figures que l’on n’associe pas facilement.
À la maison, il m’a appris le sens de la hiérarchie familiale : quand La Presse arrivait, mon père la confisquait, puis ma mère la dépouillait. Il ne me restait qu’à patienter pour lire d’abord Foglia les jours où il publiait et ensuite les sports.
L’édition du samedi de La Presse, épaisse comme un catalogue de chez Sears, c’était un bouillon de culture.
Je collectionnais les timbres parce que ça fait voyager et le samedi, je lisais et conservais précieusement les chroniques de la section « VOYAGES » et je m’envolais.
Un Tour de France sans Foglia n’aurait pas eu la même saveur. Il parlait du vélo, oui, mais aussi de la douleur, de la beauté, du monde. Il abordait une infinité de sujets, toujours avec rigueur.
Parfois, il me faisait pester. Souvent, je l’adorais.
Mais toujours, il m’obligeait à réfléchir.
Étudiant à Ottawa, je voyais ses chroniques citées, débattues, parfois même étudiées.
Autant sur le campus que chez Patio Vidal. C’est dire leur portée.
Toutes les voix finissent par s’éteindre, mais certaines laissent des traces dans la mémoire collective.
Pierre Foglia est de celles-là.
Il nous aura rendus meilleurs. Et plus tolérants.
Toute mes pensées et condoléances à sa blonde et sa famille. Parait que Foglia aimait écouter en boucle Köln Concert de Keith Jarrett. Je vais l’écouter et lire quelques-uns de ses textes en même temps.
Excellent choix ! 🎵
Brady4u
Vous écrivez sur Foglia
« Mais toujours, il m’obligeait à réfléchir. »
Voilà ! Quelques mots qui résument bien la dimension de l’homme.
Je lisais, que dis-je, je deployais La Presse avec le plaisir anticipé de lire attentivement Foglia.
Merci Foglia et bon vent
Louise, n’est-ce pas le « courrier du genou » auquel vous faites référence ?
Merci de votre partage, monsieur Hétu.
Drôle de penser que La Presse fédéraliste vendait plus de copies grâce à un chroniqueur indépendantiste (un de ses éditeurs l’avait admis). On ne lisait certainement pas ce journal pour ses éditorialistes dont leurs pages allaient vite à la litière de chat (ou de souris, dans mon cas).
Ciao
Comme bien d’autres, mon mari et moi lisions d’abord la chronique de Foglia. Il était insolent, iconoclaste et rigoureux. Tant de souvenirs se bousculent dans ma tête. Bobo moteur (course automobile), sa série sur la croissance personnelle, son amitié pour Pierre Falardeau.
Au début des années 2000, un jeune admirateur maladroit en orthographe avait même commencé la compilation sur internet de ses chroniques.
J’ai même eu le privilège un brin gênant de voir apparaître mon nom dans une de ses chroniques.
Foglia était un portraitiste de la vie.
une chronique de 2010 et tres actuelle ;
Nous ne sommes pas antisémites
L’antisémitisme existe, je l’ai rencontré. Je le rencontre chaque fois que j’écris une chronique comme celle-ci. Des gens vont déblatérer samedi dans mes courriels contre «la juiverie internationale»; on ira jusqu’à me dire que «Hitler n’avait peut-être pas tort», on niera la Shoah, des jeunes gens ne sembleront pas savoir que le plus grand crime de l’histoire de l’humanité ne remonte pas à la nuit des temps – leur grand-père était ado tandis que ce crime-là se perpétrait, leurs arrière-grands-parents en ont été les contemporains et peut-être un peu les complices, par indifférence au moins.
Publié le 5 juin 2010Partager
Pierre Foglia
LA PRESSE
L’antisémitisme vient de bien plus loin que les nazis, largement relayé au cours des siècles par l’Église catholique. L’impensable, c’est qu’il est toujours là, aussi virulent, prenant racine dans la même viscérale ignorance.
Suis-je en train de dire que d’autres camps, d’autres fours seraient possibles aujourd’hui? C’est exactement ce que je dis.
Pour des siècles encore il faudra protéger les Juifs, particulièrement contre ceux-là qui s’apprêtent à m’écrire: tu ne trouves pas qu’ils se défendent très bien tout seuls?
Pour des siècles encore, les grandes puissances de ce monde auront à prendre le parti d’Israël contre ceux qui souhaitent sa disparition.
Cela étant dit, la question que pose cette chronique, la question qui se pose chaque fois que rebondit le conflit israélo-palestinien, comme cela vient d’arriver cette semaine avec ce bain de sang en haute mer, la question: est-ce que le conflit israélo-palestinien suscite une nouvelle forme d’antisémitisme de gauche?
Est-ce que les progressistes, par leur détestation de l’État hébreu, par leur soutien aux Palestiniens, sont devenus les nouveaux antisémites? Vous, par exemple, monsieur Foglia, êtes-vous antisémite? Oui, répondent les philosophes de droite (Finkielkraut, BHL, même Sollers) qui ont lancé le débat il y a une dizaine d’années, surtout Finkielkraut.
Bullshit, je vous réponds. Bullshit mais surtout: intimidation. Je ne suis pas antisémite parce que je trouve honteux le blocus autour de Gaza -d’ailleurs appliqué aussi par l’Égypte-, qui prive un million et demi de personnes (dont la moitié sont des enfants) de bouffe, d’eau, de tout. Je ne suis pas antisémite parce que je trouve cynique le vrai motif de ce blocus, qui n’est pas d’empêcher les armes d’entrer à Gaza, mais de punir la population de Gaza d’avoir élu (démocratiquement) le Hamas, qui dérange tout le monde (l’Égypte presque autant qu’Israël).
Je ne suis pas antisémite parce que je me souviens que le blocus de Gaza a été précédé d’une offensive de 22 jours qui a fait près de 1500 morts, dont 330 enfants. Opération assimilée à un crime de guerre par un rapport des Nations unies, le rapport Goldstone, qui relève l’utilisation d’armes interdites, comme des obus au phosphore blanc tirés sur des zones résidentielles et une école.
Je ne suis pas antisémite parce que je ne comprends pas comment on peut attaquer un cargo dans des eaux internationales, avec des troupes d’élite héliportées qui lancent des grenades avant d’arriver sur le pont, et affirmer ensuite, comme Israël le fait, que c’est l’autre qui a attaqué. Neuf morts, des dizaines de blessés dans le cargo turc, tous du même côté, et ce sont les Israéliens les victimes? Cherchaient quoi, dans le cargo? Des armes? On peut les voir?
Le communiqué de la défense israélienne dénonce l’acharnement et la violence inouïe des militants embarqués à bord des bateaux arraisonnés. Des militants qui ont tendu un guet-apens aux pauvres soldats israéliens. On dirait un communiqué de l’Iran ou de la Corée du Nord.
Je ne suis pas antisémite parce que je ne comprends pas pourquoi les États-Unis ne peuvent pas à la fois protéger Israël et le rappeler à l’ordre quand il commet des crimes qu’on ne permettrait à aucun autre pays.
Je ne comprends pas pourquoi les États-Unis ne mettent pas fin aux colonies, au moins ne font pas en sorte qu’il n’y en ait pas de nouvelles.
Je ne suis pas antisémite parce que je ne comprends pas comment Obama a pu laisser tomber comme une vieille chaussette sale l’espoir qu’il a soulevé par son discours du Caire le 4 juin 2009. Nombre de Juifs espéraient qu’il ferait pression sur Israël, tout comme près de 1 milliard d’Arabes, bien sûr.
Deux choses encore, pour être bien clair. Le règlement du conflit israélo-palestinien ne changera rien à l’antisémitisme. Il sera toujours là, virulent comme avant, ancré pour longtemps encore dans l’ignorance.
Mais que ce conflit atteigne de nouveaux sommets d’horreur, comme il n’y manquera pas, qu’Israël se montre plus colonialiste encore, aucun risque que je devienne moi-même antisémite. Je ne suis pas antisémite. Ne le deviendrai jamais.
Quelques centaines de millions d’humains sont dans mon cas et un peu tannés, comme moi, de se faire dire le contraire chaque fois qu’ils condamnent Israël.