Le blogue de Richard Hétu

L'Amérique dans tous ses états

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Monticello, la plantation de Thomas Jefferson, inaugure aujourd’hui une aile rénovée avec une exposition qui redonne à Sally Hemmings la place qui lui revient au sein de la famille du troisième président des États-Unis et principal auteur de la Déclaration d’indépendance. Il s’agit d’un revirement remarquable concernant cette relation entre un père fondateur et une esclave métisse qui a été niée pendant des siècles par les historiens et négligée par la Fondation Thomas Jefferson elle-même.

Cette fondation fait donc amende honorable par le biais de cette exposition qui raconte l’histoire de cette liaison en s’appuyant notamment sur le point de vue de Madison Hemmings, troisième des quatre enfants du couple. Madison Hemmings a publié ses mémoires dans un journal d’Ohio en 1873. Comme l’explique ici Annette Gordon-Reed, professeure d’histoire et de droit à Harvard, le moment clé de son récit survient en 1789, alors que Jefferson, diplomate, et Hemmings se trouvent à Paris. C’est alors que l’esclave, alors âgée de 16 ans, devient «la concubine de M. Jefferson», écrit Madison Hemmings.

A-t-elle été violée? La nouvelle exposition de Monticello soulève la question sans pouvoir y répondre. Une chose est incontestable : Sally Hemmings, demi-soeur de l’épouse décédée de Thomas Jefferson, tombe enceinte pour la première fois à Paris. Et, selon le récit de Madison Hemmings, elle refuse de quitter cette ville, où elle jouit d’une liberté impensable aux États-Unis, pour rentrer avec Jefferson en Virginie. Pour la persuader de le suivre, le futur président lui promet de lui accorder des «privilèges extraordinaires» à Monticello et de rendre leur liberté aux enfants qu’ils auront ensemble quand ceux-ci auront atteint l’âge adulte.

Sally Hemmings décide de suivre Thomas Jefferson, même si elle aurait pu en principe revendiquer sa liberté en France, où les lois de la Virginie ne s’appliquaient pas. Madison, Beverley, Harriet et Eston Hemmings naîtront tous de la relation entre Thomas Jefferson et Sally Hemmings. Et ils vivront leurs vies d’adultes en liberté près de 40 ans avant la fin de l’esclavage aux États-Unis. Dans ses mémoires, Madison Hemmings utilise les mots «père», «mère» et «famille» pour parler des liens qui l’unissaient à ceux qui lui avaient donné la vie et qu’ils côtoyaient. Jefferson, précise-t-il, «n’avait pas l’habitude» d’être démonstratif dans son affection à l’égard de ses enfants mais il était «uniformément gentil».

Le récit de Madison Hemmings ne diminue en rien l’injustice subie par les autres esclaves de Thomas Jefferson. Mais il aide à comprendre que les enfants de Sally Hemmings ne la voyaient pas comme l’esclave sexuelle de Jefferson, et qu’ils étaient «largement heureux», selon les mots de Madison Hemmings, parce qu’ils savaient qu’ils seraient libres une fois adultes et qu’ils ne seraient jamais séparés de leur mère.

(Photo Exposition sur Sally Hemmings à Monticello)

42 réflexions sur “Sally Hemmings au coeur de Monticello

  1. Andre Paradis dit :

    Wow, quelle belle histoire. Ça nous change de la politique courante.

  2. Satiricone dit :

    C’est l’histoire de l’humanité, à un moment de balbutiements, celui où prend chez Jefferson l’étincelle d’un humanisme à la fois personnel et engagé dans l’histoire. Dans une Amérique en rade, il faut jouer sur les symboles du passé, qui rassemblent, les consolider.

    1. Henriette Latour dit :

      👏👏

  3. Danny dit :

    Quel érudit M. Hétu. Merci grandement de partager avec nous vos connaissances sur tout sujet relié au USA. Vous êtes constamment à l’affût de toute information que vous jugez appropriée de nous transmettre.

  4. gl000001 dit :

    « ils ne seraient jamais séparés de leur mère. »
    Rien à dire de plus !!

    1. Henriette Latour dit :

      👏👏 L’humanité n’a pas évolué depuis, au contraire. Quand la valeur première d’une société est l’argent, il n’y a pas de place pour l’empathie, la rectitude morale et la compassion.

  5. kyrahplatane dit :

    M.Hétu merci beaucoup pour ce beau texte sur cette parcelle de l’histoire des États-Unis!

  6. chrstianb dit :

    Bonjour M. Hétu. Je ne connaissais pas les détails de la relation entre Thomas Jefferson et Sally Hemmings. Très intéressant! J’aime bien votre conclusion :

    «parce qu’ils savaient qu’ils seraient libres une fois adultes et qu’ils ne seraient jamais séparés de leur mère.»

    Bon lien avec le précédent billet!

  7. 430a dit :

    Merci Monsieur Hétu.

  8. Fran dit :

    Merci M. Hétu, vous me rappelez ce livre que j’ai lu il y a longtemps et dont l’histoire est particulière.

  9. Madalton dit :

    Merci M. Hêtu. J’attendais justement que cette aile soit complétée avant de visiter Monticello lors de mon périple annuel en Floride. Je vais aller faire un tour dans 2 semaines. Ça tombe bien.

  10. Toile dit :

    « ..Ils ne seraient séparés de leur mère ». En effet, un beau lien.
    Bien que le billet puisse se vouloir un allègement au billet précédent, j’ai toutefois plus le coeur à bloguer tellement je me désespère quasiment de mon moi-même. J’espère avoir faux sur ma théorie de la « soluition finale ».

    1. fallaitquejteuldise dit :

      J’ose espérer que nos contemporains, ne prendront pas autant de temps à relativer sur nos erreurs et oublie du présent. Plus de 200 ans s’est écoulé pour qu’on corrige cette histoire . C’est un long processus d’apprentissage. Bientôt 80 ans, la deuxième guerre mondiale débutait avec un despote qui voulait prendre le contrôle du monde. Quant-on appris? Nos voisins ont élu, un homme qui tente de tracer l’histoire avec les maladresses du passé. Espérons, qui comme cette histoire,le tir sera corrigé rapidement. 200 ans c’est quand même long…

  11. _________

    Merci Monsieur Hétu de partager avec nous ce moment d’histoire, et bien d’autres…
    Je ne connaissais pas la vie privée de M. Jefferson.

  12. eau-vive dit :

    La voilà la bonne nouvelle de la semaine ! Ça fait du bien.
    Dans leur histoire, les américains ont toujours été capables du pire et du meilleur. Chez les autres peuples aussi mais les américains sont plus intenses on dirait. Moi je ne désespère pas. Je sais qu’en ce moment c’est un très mauvais moment à passer et ce n’est pas fini mais le balancier de l’histoire va inévitablement revenir au centre. La seule chose qu’on ne sait pas c’est dans combien de temps.
    Restons alertes mes amis. Il y a de la chicane chez nos voisins, c’est à nous de dénoncer surtout si les enfants et les plus faibles sont maltraités.On ne lâche pas, on ne désespère pas, on ne recule pas.

    1. Gilbert Duquette dit :

      @eaux vives

      Ça fait deux très beaux sujets cette semaine 1 la popularité du blogue de monsieur Hétu et celle de cette dame qui a cru une personne qui lui a dit en d’autres mots: Ne vit pas libre à Paris vit avec moi en amour et libre entre nous. Monsieur Jefferson à eu le courage de faire face à ses pairs mais madame Hemmings à eu le courage de croire en un homme qui avait le droit de vie et de mort sur elle et ses pairs

  13. gigido66 dit :

    Qui était Jefferson
    et pourquoi fait-il partie des 4 présidents des Mounts Rushmore?

    Tiré du site: http://kxrb.com/why-were-the-faces-chosen-for-mount-rushmore/

    Thomas Jefferson An American Founding Father, the principal author of the Declaration of Independence (1776) and the third President of the United States. Jefferson was the first United States Secretary of State (1790–1793) serving under President George Washington. Elected president in what Jefferson called the Revolution of 1800, he oversaw the purchase of the vast Louisiana Territory from France (1803), and sent the Lewis and Clark Expedition (1804–1806) to explore the new west.

    Jefferson signed into law a bill that banned the importation of slaves into the United States. He spoke five languages fluently and was deeply interested in science, invention, architecture, religion and philosophy, interests that led him to the founding of the University of Virginia after his presidency..j

    1. gigido66 dit :

      Quant au président actuel, son leg sera une Amérique en lambeaux, des hôtels et des terrains de Golf.
      « Rendez sa grandeur à l’Amérique » qu’il disait…😳

  14. igreck dit :

    Les racines de l’hypocrisie s’enfoncent très loin dans l’histoire amère-ricaine ! Rien de surprenant à ce que de nos jours on retrouve tant d’ivraie à travers le bon grain. Et le malheur est qu’il semble bien bien difficile que le « bon » l’emporte sur le « mauvais ».
    Je vous invite à lire ou relire cette réflexion de Patrick Lagacé, collègue de Richard Hétu, Malheureusement les États-Unis c’est un peu Trompe :
    http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/patrick-lagace/201806/11/01-5185385-lamerique-minquiete.php

  15. rodrigue biron dit :

    Une belle histoire.
    Ça nous change des bondieuseries de l’ancien testament qui pullulent aux US of A

  16. treblig dit :

    Personnage tout en contraste que ce Jefferson.

    Adepte de la philosophie des Lumières il n’en continue pas moins à posséder des esclaves. Il inspire le 1er amendement sur la liberté religieuse mais élimine un passage dans la déclaration d’indépendance, sous la pression des états du sud, qui dénonce que sous la couronne britannique un homme peut être acheté et vendu. Il présente un projet de loi aboutissent l’esclavage qui est rejeté par le sénat.

    Jefferson a subi tout au long de sa vie cette contradiction entre son amour de la philosophie des Lumières ( Locke, Rousseau. ..) qui est contre l’esclavage et le fait qu’il possédait des esclaves.

  17. treblig dit :

    Abolissant = aboutissent. @%#× correcteur

  18. NStrider dit :

    Comme d’autres personnes qui ont commenté ce billet, c’est l’habile lien avec le billet précédent qui frappe.
    «Quod erat demonstrandum» aurait dit un de mes vieux prof de maths ou CQFD pour les plus jeunes

  19. kintouai dit :

    Ça me rappelle le film «Jefferson à Paris» de James Ivory avec Nick Nolte et la magnifique Thandie Newton dans le rôle de Hemmings.

    Doit-on s’attendre à un tweet du twit, disant qu’il s’agit d’une «fake» exposition qu’il faudrait fermer ?

  20. Andrée Laprise dit :

    Bonjour. Question. Vous parlez de la demi-soeur de la veuve de Jefferson. Mais une veuve ou un veuf c’est le conjoint survivant. Voulez-vous dire que cette femme était la demi-soeur de l’épouse morte de Jefferson?

    1. Richard Hétu dit :

      Oui, mon erreur.

  21. Belle histoire touchante qui nous fait réaliser q’il y a encore de belles choses qui se sont passés dans ce pays.

    Ça nous change des histoires dégoûtantes qu’on a pu lire récemment sur ce blogue et qui concerne l’infect individu qui est présentement président de ce pays et son « valet de pied et carpette » (Sessions).

  22. Boabab dit :

    Belle histoire historique et accompagné d’une fin digne d’Hollywood un président avec un rôle secondaire en compagnie de
    son esclave noir à Paris ,avec les gosses dans tête tellement gentil qu’elle accepte ses avances,avait-elle seulement le choix?

    Mettez -vous à sa place le président vous offre ce qui vous paraît impossible à vos yeux d’esclave,avec votre connaissance
    de jeune fille de seize ans qui a vu des femmes de votre race etre violé des hommes des enfants battus,tout le monde aurait
    accepté. Est-ce-qu’elle l’aimait?les américains aime bien se donné le beau rôle, il sont tellement magnanime, si cette hisitoire
    s’avère ,elle est une exeption pour ce temps de l’histoire américaine et n’aurait pu existé avec un autre que le président.

    Mr.Hétu je sais que vous avez de la demande pour du positif ,personnellement je n’ai pas besoin d’etre convaincu que des
    américains ont faits de grandes choses,mais ce genre d’histoire aurait pu se produire avec Trump pour qui rien n’est impossible
    pour se tremper le pinceau.

    Comme histoire positive je préfère de beaucoup les jeunes americains qui manifestent pour un contrôle des armes a feu.

    1. Gilbert Duquette dit :

      @ Boabab

      Je ne crois pas qu’un Trump de ce temps aurait interdit l’importation d’esclaves

      1. stemplar dit :

        Votre commentaire profite à ma rate.

      2. Pile-Poil dit :

        Si juste!

  23. Danielle Vallée dit :

    @treblig:
    contradiction entre son amour de la philosophie des Lumières ( Locke, Rousseau. ..) qui est contre l’esclavage et le fait qu’il possédait des esclaves

    Une fois qu’ils étaient là les esclaves, ils étaient peut-etre plus en securite et mieux traités chez lui que laissés à eux-mêmes dans un mode qu’ils ne connaissaient pas.

    Il y a beaucoup d’esclaves qui n’ont pas voulu quitter les plantations, même après l’abolition.

    1. xnicden dit :

      Somme toute, madame Hemmings était devant le choix suivant: liberté officielle à Paris mais sans aucune garantie pour ce qui est de subvenir à ses besoins versus les promesses de Jefferson. Qu’est-ce que nous aurions choisi à sa place?

      Cela dit, ceci est l’exemple parfait de pourquoi il ne fait pas évacuer les personnages historiques de l’enseignement de l’histoire.

    2. treblig dit :

      Immédiatement à la fin de l’esclavage, les esclaves n’ont pas d’argent, sont pour la plupart analphabètes et sont toujours des victimes de la ségrégation et des lois Jim Crow. Les libérateurs ( les soldats du Nord ) d’ailleurs leur recommandent de rester sur les plantations .

  24. stemplar dit :

    Une facette de l’histoire américaine que je ne connaissais pas (mais que j’apprécie toujours).

    @realdonaldtrump – La phrase-clé: « (…) qu’ils ne seraient jamais séparés de leur mère. »

  25. Boabab dit :

    Mr.Duquette je suis d’accord avec vous pour cette partie des réalisations dece grands président nullement comparable
    à l’actuel débile profond.Ce que je voulais illustré peu être maladroitement c’est qu’un homme reste un homme c’est sur
    que dans le cas deTrump ont est dans un autre registre aucune réalisation valable à ce jour et à venir que des conflits.

    1. Pile-Poil dit :

      Surtout un trouble envahissant de la personnalité limite.

      Merci, M. Hétu, pour ce billet.

  26. defier dit :

    BONNE FÊTE DES PÈRES M. HÉTU

    Vous êtes notre guide, c’est comme un père

    Bon dimanche

  27. __________

    Oui, bonne fête des pères à vous M. Hétu. 🙂

  28. titejasette dit :

    Bonne fête des pères aux hommes de ce blogue. Aux femmes qui ce soir, ont la chance de serrer leur petits choux dans leurs bras : SVP, une ‘tite pensée aux femmes à la peau brune, celles qui n’ont pas la même chance que vous et qui sont ravagées depuis plusieurs semaines par l’anxiété…Je n’arrive pas à trouver les mots justes pour les consoler (car il n’en existe tout simplement pas).

    Merci, M. Hétu, pour la belle histoire des Jefferson. Cependant, comme je suis toujours traumatisée par votre billet précédent. Je ne peux m’empêcher d’y retourner.

    Dans cette affaire, Trump a traversé la ligne rouge, celle qui ne fallait pas traverser. Les liens familiaux surtout pour les plus démunis et les plus faibles (des enfants de 1 ou 2 ans), quel que soit la couleur de votre peau, c’est sacré. Yeah Right, c’est la faute aux démocrates ! Il continue de prendre les Américains pour des imbéciles…C’est ça, fais aller ton instinct politique. C’est une question d’attitude…D’ailleurs, c’est écrit dans la Bible.

  29. ghislain1957 dit :

    Sacrilège, un président blanc en amour avec une exclave noire!

    Les blancs à cette époque pouvaient tout se permettre avec leurs esclaves, mais l’inverse était utopique. D’ailleurs les mariages interraciaux ont été « légalisés » en 1967, soit presque 200 ans après l’aventure de Jefferson.

    « Le mariage interracial aux États-Unis a été complètement légalisé dans tout le pays depuis la décision Loving v. Virginia de la Cour suprême en 1967 qui a jugé les lois contre le métissage inconstitutionnelles, même si de nombreux États ont choisi de légaliser le mariage interracial avant cette date. »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Mariage_interracial_aux_%C3%89tats-Unis

  30. Sage 2010 dit :

    Je n’oublierai jamais le film Jefferson à Paris, avec l’acteur Nick Nolte, qui relate la relation de Thomas Jefferson et Sally Hemmings.
    Cette exposition aura le mérite d’enfin de mettre en lumière la relation entre l’un des pères fondateurs de la nation et Sally Hemmings, une métisse.
    Comme quoi, mieux vaut tard que jamais.

    Thomas Jefferson est INCOMPARABLE à Donald Trump.

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