Le blogue de Richard Hétu

L'Amérique dans tous ses états

Nicholas Brady, ex-secrétaire au Trésor sous Ronald Reagan et George Bush père, est aux antipodes des « wokes », selon la définition que donnent les conservateurs de ce mot. Pour autant, il menace la liberté académique, à en croire une professeure d’histoire de l’Université Yale, qui a démissionné de son poste à la tête d’un prestigieux programme consacré à la « grande stratégie » en matière de relations internationales.

Nicholas Brady est l’un des donateurs de ce programme avec Charles Johnson, un milliardaire qui a donné 250 millions de dollars à Yale en 2013, un don record pour la grande rivale de Harvard. Selon la professeure Beverly Grace, Brady a commencé à s’immiscer dans le fonctionnement du programme à la suite d’une tribune publiée dans le New York Times en novembre 2020 et signée par un de ses enseignants, le politologue de Yale Bryan Garsten.

Dans cette tribune intitulée « Comment protéger l’Amérique du prochain Donald Trump », Garsten traitait l’ancien président de démagogue et de menace à la Constitution américaine. Brady, aujourd’hui âgé de 88 ans, a communiqué son vif déplaisir à la direction de Yale, faisant valoir que l’opinion du politologue ne correspondait pas aux thèmes de la « grande stratégie » devant guider les participants du programme lancé en 2000 par John Lewis Gaddis, professeur d’histoire éminent, Paul Kennedy, auteur du livre Rise and Fall of the Great Powers, Charles Hill, ancien diplomate, et Henry Kissinger, ancien secrétaire d’État sous Richard Nixon (photo).

Quatre mois plus tard, la direction de l’université a informé la professeure Grace qu’un conseil consultatif dont les membres seraient choisis par les donateurs du programme et dont Kissinger serait membre allait être formé en vertu de règles ignorées jusque-là. Ce conseil allait avoir un mot à dire dans le choix des enseignants et intervenants du programme.

Après avoir réalisé que l’université n’avait pas le choix de se conformer à ces règles, la professeure Grace a accepté la formation du conseil consultatif, à condition qu’il soit diversifié et que Kissinger n’en fasse pas partie. En démissionnant, elle a déclaré que ses demandes n’avaient pas été acceptées et que l’université ne l’avait pas appuyée, ce que l’université nie.

Le New York Times publie ce vendredi à la une longue histoire exclusive sur cette affaire. Le journal précise que les plus récents spécialistes invités à participer au Brady-Johnson Program on Grand Strategy incluent l’ancien secrétaire à la Défense James Mattis et l’intellectuel conservateur Yuval Levin, de même que l’avocate des droits civiques Vanita Gupta (aujour’hui membre du ministère de la Justice américain) et la militante Heather McGhee, qui lutte en faveur de la « justice raciale ».

Entre les lignes, on peut comprendre que certains des intervenants du programme ne devaient pas plaire aux donateurs et autres promoteurs du concept de la « grande stratégie » cher aux Kissinger de ce monde.

(Photo Reuters)

29 réflexions sur “Quand des donateurs menacent la liberté académique

  1. marylap dit :

    J’étais certaine que Kissinger était mort.

  2. Mona dit :

    Quelle différence avec l’enseignement conçu par les Talibans ?
    🙄

    1. Haïku dit :

      Mona
      Très bon point ! 👌

    2. gl000001 dit :

      Avec les talibans, si on aime pas leur enseignement, on se fait couper la tête. Mais sinon, c’est pareil 😉

      1. Mona dit :

        @ Aux Usa…ils coupent les vivres !😉

  3. Mona dit :

    Analyse excellente du concept de « grande stratégie  » concept impérialiste absolu et jusqu’au-boutiste.

    https://www.cairn.info/revue-strategique-2006-1-page-19.htm

  4. anizev dit :

    Ce n’est pas un commentaire sur le fond du sujet mais je me demande si le mot « instructeur » est approprié.
    Même dans les université québécoises, la liberté d’expression est mise à mal, et certains donateurs aiment bien subtilement chuchoter aux administrateurs des universités leurs préférences.

  5. gl000001 dit :

    La « grande stratégie » c’est d’avoir des « idiots utiles » à la tête des USA ? Ca va donner des munitions à ceux qui croient au « Deep State » ou aux manipulations russes (avoir recours à des « idiots utiles » est une invention du KGB en passant ) 😉
    Moi aussi, je me donne le droit de mélanger les concepts haha !!

    1. Mona dit :

      @gl00001 👌
      « Melanger les concepts « … bah pas tant que ça : les esprits totalitaires accouchent de concepts assez similaires

  6. Loufaf dit :

    Comme nous pouvons voir, c’ est l’ argent qui mène dans presque tout les domaines.
    Et quand l’ argent appartient à des dinosaures conservateurs, c’ est avancez en arrière!

  7. Capitaine B dit :

    Les universités ont-elles à ce point besoin d’argent qu’elles sont rendues à se prostituer? Ne devraient-elles pas trouver du financement dans les poches de ceux qui épousent leurs valeurs plutôt que de se plier à la volonté du plus offrant?

    La plutocratie règne à tous les niveaux.

    1. MarcB dit :

      Oui, mais n’accepter des dons ne venant que de donateurs partageant la même philosophie deviendra aussi une forme de censure dictée par la direction des universités. A long terme, j’ai l’impression que cela pourrait créer des universités « républicaines » et d’autres « démocrates ». Je crois que la société américaine est déjà assez polarisée comme ça.

      1. @ MArcB

        Mais c’Et que justem,ent il y a des Universités et Collèges à tendance conservatrices Ex.

        30 Best Conservative Colleges for Young Republicans Last updated: August 27, 2021

        Lien : https://collegevaluesonline.com/features/colleges-young-republicans/

  8. ÉU, l’autoritarisme est à vos portes

    Quand les donateurs s’immiscent dans l’éducation universitaire.
    Quand les médias populaires propagent le chaos plutôt de l’information vérifiée.
    Quand on restreint la possibilité de voter à ses adversaires.
    Quand le culte de la personnalité du leader surpasse la qualité des projets qu’il avance.

    Vous pouvez m’aider à compléter cette liste?

    1. Haïku dit :

      D’accord, voici:

      « La stupidité est écoutée,
      L’intelligence ignorée,
      Et l’éducation démodée. »(Lume)

    2. constella1 dit :

      Jean Letourneau
      Quand on pervertit la cour suprême en nommant des juges qui pourront faire des jugements rétrogrades et anti constitutionnels
      Quand des élus participent à une tentative de reversement d’une élection faite démocratiquement
      Quand des élus complotent pour empêcher une certification d’un président et ainsi permettent un possible coup d’état un certain 6 janvier

  9. MarcB dit :

    Le gros problème que je vois ici est que Nicholas Brady s’est plaint à la suite d’un article portant sur la politique intérieure américaine dans le NYT. Je peux comprendre que Brady soit impliqué dans le choix de direction du programme pour lequel il a donné 250M. Mais de quel droit peut-il se plaindre d’une opinion dans le NYT? Le professeur en question était un des co-signataire et a droit à son opinion, surtout sur un sujet qui n’est pas directement lié à l’orientation du programme « consacré aux relations internationales ».

    Est-ce qu’un donateur « pro-vie » à un programme de football pourrait s’insurger parce que le coach publie une lettre en faveur du droit à l’avortement? Le but du don et la prise de position doivent être liés pour que le donateur aie un droit de regard.

    1. Au pays de la liberté, le donateur vas faire mettre a la porte le coach qui a osé avoir une opinion publique autre que la sienne.

      1. MarcB dit :

        Oui le donateur va le demander, et c’est là que les universités devraient avoir le devoir de rejeter cette demande car elle n’est pas pertinente avec le don.

    2. Jean Létourneau dit :

      @MarcB

      Il a été proposé par une participante du blog, anti-choix, plutôt que pro-vie, pour recentrer le débat sur les bons arguments.

      Pour revenir à nos moutons, Nicholas Brady devrait donner son ca$h à des œuvres caritatives dont il endosse les objectifs. Il sera plus heureux de ses « investissements » idéologiques. Je sais que plusieurs universités parrainées par des églises épiscopales ont des tendances repues-pis-pleines avouées, mais « investir » de la sorte dans une université – supposément berceau de débats formatifs – en espérant des résultats directs, c’est de la prostitution intellectuelle, rien de moins.

      Il y a aussi cette autre nouvelle reliée à Yale et l’endossement de DJT.
      https://www.breitbart.com/tech/2021/01/06/yale-prof-ceos-wont-back-republicans-that-support-election-challenge/

      1. Mona dit :

        @Jean Letourneau
        Je seconde @Xnicden
        Et merci pour les nouvelles de Breitbart : édifiant

      2. Jean Létourneau dit :

        @Mona
        @xnicden

        Il faut rendre à César ce qui appartient à César*:
        En faisant quelques recherches: c’est à Achalante que nous devons la maternité de cette expression !
        https://richardhetu.com/2020/12/28/tout-ca-pour-ca-2/#comment-295165

        Peut-être dans ce cas: Il faut rendre à Césarienne ce qui appartient à Césarienne 😜

    3. xnicden dit :

      👏👏👏

    1. anizev dit :

      Kavanaugh est un Con-Vide mais symptomatique

      1. Jean Létourneau dit :

        ou bedon :
        Kavanaugh est un Con-Vide dit neuf mais vieux asympathique

  10. Paul Roux dit :

    Une nouvelle preuve que les États-Unis sont dirigés par une ploutocratie.

  11. constella1 dit :

    Je vais être brève
    Comment voulez-vous que ce pays s’en sorte un jour avec toutes ces perversions déguisée dont celle-ci qui n’est pas dès moindre
    Empêcher un penseur de penser c’est empêcher un peuple de respirer
    Leur démocratie semble se diriger tout droit vers le respirateur artificiel

  12. sousmarin dit :

    C’est ce que l’on appelle une oligarchie des riches et non une démocratie mais ce n’est pas vraiment un scoop.

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